Un désastre pour l'astronomie, puis pour le climat? | Mariana Suarez / AFP
Un désastre pour l'astronomie, puis pour le climat? | Mariana Suarez / AFP

La constellation de satellites de SpaceX pourrait détraquer le climat

Starlink et ses concurrents risquent de réveiller un vieux problème, préviennent des scientifiques.

Les vieilles personnes mettant le changement climatique sur le dos des satellites sont un cliché, qui pourrait pourtant dans les prochaines années trouver une réelle substance dans la science.

C'est particulièrement vrai de la couche d'ozone, qui protège la Terre et sa vie des rayonnements nocifs du soleil, et qui pourrait à nouveau souffrir comme elle a déjà souffert. En cause: les mégaconstellations de satellites, telle la toile de plus de 40.000 engins que Starlink, le fournisseur d'internet spatial de SpaceX, compte envoyer en orbite basse.

Comme le relate Space.com, l'atmosphère terrestre est habituée à accueillir de nombreux corps célestes, qui viennent y mourir en s'y consumant. L'arrivée de ces dizaines de milliers de satellites change profondément cette donne immémoriale: si leur masse est bien moindre, ces vaisseaux fabriqués par l'humain sont conçus avec des matériaux bien différents de ceux des cailloux de l'espace.

«Il y a environ 54 tonnes de matériaux de météorites qui arrivent chaque jour», explique à Space.com Aaron C. Boley, l'un des deux scientifiques signataires d'un récent papier sur le sujet, publié dans Scientific Reports.

«Avec la première génération de Starlink, nous pouvons attendre 2 tonnes de satellites hors service réentrant quotidiennement dans l'atmosphère terrestre. Mais les météorites sont généralement des cailloux, composés d'oxygène, de magnésium et de silice. Ces satellites sont, eux, faits d'aluminium, un matériau très peu présent dans les météorites, qui n'en contiennent que 1% environ.»

Imprévisions météo

Ces deux tonnes quotidiennes d'alumine –également appelée oxyde d'aluminium, produite par la destruction de ce dernier– sont un problème potentiellement grave pour les modèles climatiques de la Terre.

D'abord pour la couche d'ozone: citant les travaux de l'Aerospace Corporation, les scientifiques pointent le fait que le simple lancement de fusées constitue une menace pour la précieuse couche, du fait de la création d'alumine par la consommation de certains carburants.

La combustion de satellites mourants pourrait accentuer ce phénomène, augmentant considérablement la quantité d'alumine venant s'échouer dans les hautes couches de l'atmosphère, et provoquant ainsi de nouveaux trous dans la couche d'ozone, dont on connaît les effets ravageurs.

Mais ce n'est pas tout. Les deux chercheurs notent qu'outre ce risque pour la vitale couche d'ozone, la retombée atmosphérique quotidienne de ces tonnes d'aluminium pourrait créer la plus grande expérience non maîtrisée de géo-ingénierie de l'histoire humaine, avec des conséquences cette fois impossibles à prévoir.

«L'alumine reflète une partie de la lumière et, si on en rejette suffisamment dans l'atmosphère, on peut créer un phénomène de diffraction et modifier l'albédo de la planète», soit sa capacité à renvoyer les rayons du soleil à leur envoyeur.

L'oxyde d'aluminium est d'ailleurs, du fait de cette propriété et avec d'autres, l'un des matériaux envisagés par les membres de la communauté scientifique imaginant «ensemencer» l'atmosphère terrestre pour la sauver du chaos climatique –les autres étant vent debout face à de telles expérimentations géantes aux conséquences imprévisibles.

«Les humains sont exceptionnellement bons pour sous-estimer leur capacité à bouleverser l'environnement», déclare encore Boley, quelque peu effrayé par les 55.000 satellites que Starlink et ses concurrents –le projet Kuiper d'Amazon, le rival chinois Starnet ou OneWeb notamment– prévoient d'envoyer au-dessus des têtes humaines dans les prochaines années.

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