Un vibrateur japonais vintage. | Karel Julien Cole via flickr
Un vibrateur japonais vintage. | Karel Julien Cole via flickr

L'histoire insoupçonnée des vibromasseurs

Avant de devenir un symbole de l'émancipation sexuelle féminine, le vibrateur était réputé pour tout soigner, de la calvitie aux coliques des bébés.

Vous connaissez peut-être l'histoire: c'est un médecin, Joseph Mortimer Granville, qui a inventé l'ancêtre de nos sex-toys, le vibromasseur, à la fin des années 1870 –il était alors question selon lui de soigner les femmes atteintes d'«hystérie».

Cent ans plus tard, les mouvements féministes radicaux s'en sont emparés pour en faire l'égérie d'une révolution sexuelle: en prenant le contrôle de ses orgasmes, la femme pourrait vaincre le patriarcat.

Mais qu'en est-il de la période entre les deux? La chercheuse Kim Adams raconte dans une chronique pour The Conversation la surprenante histoire médicale du vibrateur. Au début du XXe siècle, écrit-elle, «les mérites de l'électricité à la maison n'étaient pas aussi évidents qu'ils le sont aujourd'hui: l'électricité était dangereuse et chère, mais elle promettait excitation et modernité

Douleurs, tuberculose et obésité

Dans les magasins, les vibrateurs étaient vendus à côté des machines à laver ou à coudre. Ils n'avaient a priori rien de sexuel: on s'en servait pour faire vibrer le cou, le dos, les pieds… Les publicités promettaient qu'ils pouvaient soulager les douleurs après une longue journée de labeur pour les femmes au foyer, soigner les maux de gorge, calmer l'estomac des bébés ou retarder la calvitie des hommes.

Un peu plus tard, en 1912, le vibrateur «New Life» d'Hamilton Beach est lancé sur le marché, accompagné de son manuel de 300 pages sur «La Santé et comment l'obtenir», donnant des instruction pour soigner tout et n'importe quoi, de l'obésité à la tuberculose en passant par les vertiges. Le vibromasseur, et surtout sa technologie, étaient vendu comme un remède miracle.

Le marketing de la marque est tellement efficace que des millions de machines sont vendues. Le commerce en est devenu dangereux, «non pas parce qu'il était obscène, mais parce que c'était de la mauvaise médecine», explique la chercheuse.

Paradoxalement, ajoute-t-elle, son utilisation comme moyen de soulager les maladies entraînant des dysfonctions sexuelles était un argument de vente, et non un secret, alors qu'à la même époque la rhétorique anti-masturbation battait encore son plein.

Tout est inversé. Les recommandations des docteur·es qui reconnaissent le potentiel du vibrateur pour la masturbation sont vues comme du charlatanisme. En revanche, on promet qu'il peut soigner des maux étranges que l'on dit causés par la masturbation.

Lorsque la révolution sexuelle survient en Amérique dans les années 1960, le vibrateur n'a déjà plus grand-chose d'excitant. C'est une ancienne relique domestique, le témoin d'une époque révolue. Il devient donc le meilleur symbole dont peuvent s'emparer les féministes, qui veulent retourner l'histoire et démocratiser le plaisir.

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