Dans les ports taïwanais aussi, il y a des marins qui chantent. | Chris STOWERS / AFP
Dans les ports taïwanais aussi, il y a des marins qui chantent. | Chris STOWERS / AFP

Comment la Chine prépare discrètement un débarquement massif à Taïwan

Un D-Day oriental, concocté avec l'aide et les moyens des entreprises nationales.

Les visées de la Chine sur Taïwan, la seconde étant considérée comme une province temporairement perdue par la première, ne font aucun doute. Les préparations de l'empire du Milieu pour procéder à sa réunification non plus.

C'est logiquement par la mer que l'invasion pourrait avoir lieu, et Forbes explique comment Beijing avance discrètement ses pions dans les ports de l'île, tout en formant une flotte géante et temporaire de navires pour transporter massivement les troupes nécessaires à un tel coup de force.

Les plages de Taïwan risqueraient de ne pas suffire pour réussir un débarquement massif –il est question, explique Forbes, de projeter une force de deux millions de soldats au minimum. Pour se doter d'une solide tête de pont, la Chine devra donc compter sur la prise de l'un des grands ports de l'île.

Aussi lentement que sûrement, elle prépare très activement le terrain, en profitant de la nature ouverte de l'économie taïwanaise pour y prendre des parts, s'immiscer dans ses infrastructures et y placer des fidèles du Parti communiste chinois, prêts à l'appuyer dans ses velléités invasives.

Forbes cite ainsi un article du chercheur Ian Easton, publié par le Project 2049 Institute américain. «Ces deux dernières décennies, le PPC a mis en place des bureaux dans les principaux ports de Taïwan, a investi dans les nouveaux projets portuaires de l'île et gagné un accès direct à certaines de ses infrastructures basiques», écrit ainsi Easton.

En clair: le ver est dans le fruit, et Beijing ne s'en cache d'ailleurs aucunement. Mise en place en 2017, la «Guójiā Qíngbào Fǎ» ou Loi sur le renseignement national institue ainsi des liens entre les entreprises privées chinoises et les instances militaires du pays, les secondes pouvant exiger des premières qu'elles leur fournissent toute information jugée utile à la sécurité de la nation.

Civilitaire

Easton prend l'exemple du Kao Ming Container Terminal, situé dans le port de Kaohsiung, dans le sud-est de Taïwan, donc faisant directement face à la Chine.

Firme chinoise, le géant COSCO Shipping est l'actionnaire majoritaire du terminal. Ce dernier comporte des systèmes automatisés et de sécurité conçus en Chine par Shanghai Zhenhua Heavy Industries –de quoi alimenter une éventuelle force invasive en inestimables informations sur le port, ses acteurs et ce qui s'y déroule en temps réel.

Or, Shanghai Zhenhua Heavy Industries est la possession de China Communications Construction Corporation, une structure blacklistée par les États-Unis en 2020 pour ses liens trop étroits avec l'Armée populaire de libération chinoise. CQFD, du moins selon le chercheur américain: tout est bientôt en place pour une future action.

Tout, ou presque. A priori, les deux millions de militaires évoqués par Forbes ne traverseront pas le Détroit de Taïwan à la nage. Et si la Chine a grandement accéléré ces dernières années la constitution de sa colossale flotte militaire, désormais la plus grande au monde, les quelques navires amphibies dont elle dispose pour l'instant ne pourraient embarquer que 25.000 soldats.

C'est donc, comme pour le renseignement, sur la flotte maritime civile que Beijing compte pour transbahuter une éventuelle force d'invasion massive. Là encore, la Loi sur le renseignement national votée en 2017 prépare les pièces du puzzle. «Elle dispose que les infrastructures basiques et plateformes de transport chinoises puissent être traitées comme les actifs d'une fusion civile-militaire», explique le même Ian Easton, repris par Forbes.

«À la discrétion du PCC, elles doivent désormais être conçues et managées de sorte à pouvoir également soutenir de futures opérations militaires, ajoute le chercheur. Dans le cas d'un conflit, elles intégreraient l'armée. En temps de paix, elles doivent s'y préparer.»

Entre à nouveau en jeu COSCO Shipping, dont le gros millier de navires civils pourrait constituer la colonne vertébrale de cette flotte d'invasion pas tout à fait improvisée. Selon Easton, certains de ces bateaux ont déjà reçu les modifications techniques propres à soutenir des opérations armées, l'ajout de rampes supportant le poids de blindés ou de plateformes porte-hélicoptères notamment.

Quant à leurs équipages, ils subiraient dans certains cas de véritables entraînements et exercices militaires, histoire d'être fin prêts lorsque viendra ce D-Day oriental, que ni Taïwan ni ses alliés régionaux ou occidentaux ne comptent laisser se dérouler sans résistance.

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