La machine a-t-elle pris le pas sur notre esprit? | Mitchell Luo via Unsplash
La machine a-t-elle pris le pas sur notre esprit? | Mitchell Luo via Unsplash

Comment Google nous fait nous croire plus intelligents que nous ne le sommes

Chercher sur internet est si facile qu'on en perd la mémoire.

Aujourd'hui, pas la peine d'avoir une mémoire aussi encyclopédique qu'un candidat à «Questions pour un champion». Nos numéros favoris sont stockés dans notre téléphone, Facebook nous rappelle toutes les dates d'anniversaire et, pour connaître la capitale du Botswana, il suffit de taper une requête sur Google.

La technologie nous a tellement simplifié l'accès à l'information que nous en arrivons parfois à confondre notre propre savoir et celui auquel on accède par internet. C'est la conclusion d'une étude menée par Adrian Ward, professeur de marketing à l'université d'Austin au Texas.

«Effectuer une recherche Google est tellement rapide que le processus s'apparente à celui que notre cerveau effectue lorsqu'il va chercher une information dans notre mémoire», explique le chercheur dans Ars Technica. Ce qui nous conduit à croire que Google «est» notre mémoire et que nous savons beaucoup plus de choses que ce qu'elle contient réellement.

Adrian Ward a mené plusieurs expériences visant à vérifier cette hypothèse. Dans la première, les participants devaient répondre à dix questions en utilisant soit leur mémoire soit une recherche sur internet. On leur demandait ensuite ce qu'ils pensaient de leur capacité mentale.

Ceux qui utilisaient Google ont non seulement répondu à plus de questions correctement, mais ils sont ressortis du test avec la conviction qu'ils avaient une grosse capacité de mémoire et qu'ils seraient capables de bien réussir à de futurs tests. Sauf que dans le deuxième test, où ils ne disposaient plus de Google, ces participants se sont avérés aussi médiocres que les autres.

Ce sentiment de sur-confiance est directement lié à l'immédiateté de la réponse: lorsque les participants doivent attendre vingt-cinq secondes avant d'obtenir le résultat sur le moteur de recherche, leur confiance dans leur capacité mentale est amoindri.

Surhumains

«Si Google répond aux questions avant même que les utilisateurs ne puissent finir de chercher leurs propres souvenirs, les gens ne se rendront peut-être jamais compte que leur recherche interne est devenue vide», expose Adrian Ward. Qui n'a jamais sorti son smartphone pour faire une simple opération comme 8x3, alors que nous connaissons théoriquement nos tables de multiplication?

«L'effet Google» est une forme d'effet Dunning-Kruger, un biais cognitif qui amène des gens incompétents à se croire très intelligents. Le nom de cette théorie remonte à un événement survenu en 1995 en Pennsylvanie, où un cambrioleur avait tenté de dévaliser deux banques en gardant son visage découvert et recouvert de jus de citron, persuadé que ce stratagème lui suffirait à devenir invisible.

Ainsi, moins une personne possède de compétences, moins elle est à même de se rendre compte qu'elle est ignorante. De nombreux professeurs se désespèrent ainsi de voir leurs étudiants faire une confiance aveugle à Google pour leurs exposés, et recopier parfois de grossières erreurs sans se poser de questions.

Tout cela ne fait que préfigurer ce que les chantres de la technologie nous promettent depuis des années: connecter directement son cerveau à l'internet. Nous disposerons alors d'un savoir encyclopédique sans avoir à retenir la moindre information. Mais en cas de panne, on fait comment?

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