Bienvenue dans un monde plus rose. | Laurence Ollier / EDF Energy / AFP
Bienvenue dans un monde plus rose. | Laurence Ollier / EDF Energy / AFP

L'hydrogène rose, nouvelle arme d'EDF pour vendre ses centrales nucléaires

D'une pierre, deux coups.

Connaissez-vous toutes les couleurs d'hydrogène? L'hydrogène gris, le plus courant, est obtenu à partir de gaz naturel. Le bleu, lorsque les émissions sont captées et stockées dans le sol. L'hydrogène vert provient quant à lui de sources renouvelables et le jaune est produit par électrolyse de l'eau.

Et pour la première fois en Europe, un projet d'hydrogène rose, fabriqué à partir d'énergie nucléaire, vient de voir le jour au Royaume-Uni sous la houlette d'EDF.

L'électricien ambitionne ainsi de rentabiliser sa future centrale Sizewell C, située sur la côte du Sufolk et qui doit être mise en service en 2030 si elle obtient le feu vert des autorités britanniques.

Le problème, c'est qu'avec l'augmentation des coûts due aux règlementations, le nucléaire n'est plus franchement compétitif par rapport aux énergies renouvelables.

À Hinkley Point, une autre centrale actuellement en construction en Angleterre, le mégawattheure sera vendu 108 euros, contre 47 euros pour le photovoltaïque ou 42 euros pour l'éolien terrestre.

Alors pour convaincre les autorités de l'utilité de son projet, EDF met en avant la production d'hydrogène, destinée à remplir un quart des besoins énergétiques en Europe d'ici à 2050.

Les jours où l'éolien, le solaire et l'hydraulique fourniront suffisamment, l'électricité à faible teneur en carbone produite par Sizewell C sera détournée vers un électrolyseur produisant de l'hydrogène propre.

De plus, la chaleur résiduelle produite par la centrale permet de rendre le processus 10% plus efficace, estime EDF. Cet argument devrait jouer en faveur de Sizewell C dans l'optique de son permis de construire.

Perspectives pharaoniques

Le Royaume-Uni s'est en effet fixé pour objectif de produire 5 gigawatts d'hydrogène d'ici à 2030, qu'il compte utiliser pour le transport routier, le chauffage domestique ou la propulsion des navires.

Selon des modélisations de l'opérateur du réseau britannique National Grid PLC, jusqu'à 28 térawattheures d'électricité produite par les réacteurs nucléaires pourraient être détournés pour fabriquer de l'hydrogène d'ici à 2050, soit l'équivalent de 14% de la production nationale, rapporte le Japan Times.

Le Royaume-Uni n'est pas le seul pays à s'intéresser à cet hydrogène rose. Aux États-Unis, le département de l'Énergie a accordé 26,2 millions de dollars à deux projets menés par Xcel Energy et FuelCell Energy pour aider les centrales nucléaires à pivoter de la production d'électricité vers la production d'hydrogène lorsque cela est nécessaire. En Russie, EDF a signé un partenariat avec Rosatom pour produire de l'hydrogène rose et l'exporter comme carburant en Europe.

Tout le monde n'est pourtant pas convaincu de la rentabilité de ces projets. «Le nucléaire et l'hydrogène sont deux technologies très intensives en capital, et le mariage des deux ne va faire qu'accroître le coût des projets», s'inquiète notamment Rob Gross, professeur à l'Imperial College de Londres et directeur de recherche à l'UKERC (UK Energy Research Centre).

Il n'empêche que les opérateurs de nucléaire ne peuvent pas passer à côté des perspectives pharaoniques du marché de l'hydrogène, estimé à 820 milliards d'euros d'ici à 2050. L'occasion, aussi, de rappeler son faible impact carbone et son caractère complémentaire aux énergies intermittentes.

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