Des richesses insoupçonnées. | Benjamin Lehman via Unsplash
Des richesses insoupçonnées. | Benjamin Lehman via Unsplash

Le recyclage des vieux disques durs, nouvelle mine de terres rares?

Google cherche à donner une nouvelle vie à ses datacenters.

Fin 2019, une équipe de recherche a passé tout l'automne à démonter manuellement des disques durs obsolètes d'un centre de données appartenant à Google et situé dans l'Oklahoma. L'objectif de cette opération consistait à récupérer l'aimant qui fournit le champ magnétique à la tête de lecture qui figure parmi les composants de ces modèles qui ont fait leur temps.

Ces aimants recèlent des matériaux très prisés sur le marché actuel des technologies vertes. Chacun d'eux contient 32% de néodyme et 6% de dysprosium, des terres rares indispensables à la fabrication des turbines éoliennes. À tel point que la demande pour ces produits explose: elle a doublé en quinze ans pour atteindre 125.000 tonnes par an et pourrait atteindre 315.000 tonnes annuelles d'ici 2030.

L'un des plus gros consommateurs de ces terres rares sont les disques durs, précisément ceux que l'on trouve dans les datacenters, qui poussent comme des champignons un peu partout sur la planète. Selon Statista, le volume d'informations produites et stockées dans le monde devrait quasiment tripler entre 2020 et 2025, pour atteindre 181 zettabytes.

Mais l'extraction minière de ces terres rares s'avère énergivore et nécessite de gigantesques quantités d'eau. La Chine et la Birmanie concentrent à elles seules la majorité des sites de production, une mainmise qui est à l'origine de problèmes géopolitiques majeurs.

C'est ce qui motive Google à se servir de ses datacenters comme nouvelles «mines» de terres rares, rapporte Grist. De cet objectif est né en 2019 le projet mené en Oklahoma en partenariat avec le fabricant Seagate. Six mille cent aimants ont déjà été récupérés des disques durs usagés puis ont été insérés dans des disque durs flambant neufs.

«Non seulement ce projet a prouvé la faisabilité à grande échelle du recyclage, mais il montre aussi ses bénéfices en matière environnementale», écrit Grist. La réutilisation des aimants génère une empreinte carbone 86% inférieure à celle produite par l'utilisation d'aimants neufs.

Mines de rien

Reste quelques obstacles à surmonter, comme le fait que les configurations des disques durs évoluent à un rythme tellement rapide que les anciens aimants pourraient s'avérer inadaptés.

«Il faudra convaincre les fabricants de disques durs d'adopter un design standard d'une génération à l'autre afin de rendre possible un recyclage généralisé», reconnaît Ines Sousa, responsable de l'impact environnemental des fournisseurs chez Google.

Google n'est pas la seule à s'intéresser au recyclage. Dell s'est également associé à Seagate pour récupérer les aimants de disques durs des ordinateurs issus du programme de reprise du fabricant.

Le gouvernement américain lui-même y voit une opportunité unique de s'extirper de la dépendance chinoise. Un récent rapport de la Maison-Blanche estime ainsi que les 4.000 centres de données exploités par le gouvernement fédéral représentent une «opportunité à court terme» de récupérer des terres rares.

Il n'est malheureusement pas certain que toutes ces bonnes intentions accouchent d'une généralisation du processus. Comme pour le plastique, le recyclage risque de se heurter à sa faible rentabilité et à la complexité des techniques qu'il nécessite.

Comme le souligne l'Ifpen, «aucun des scénarios [sur la consommation de terres rares] ne fait état d'un risque d'épuisement des ressources». Les mines chinoises ont encore de beaux jours devant elles.

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