Il peut légitimement exulter. | Johannes Eisele / AFP
Il peut légitimement exulter. | Johannes Eisele / AFP

Richard Branson va couper l'herbe spatiale sous le pied de Jeff Bezos

Qui, lui, embarquera une ex-future astronaute de 82 ans dans sa fusée.

Depuis quelques semaines, le vol de Jeff Bezos dans l'espace, à bord de la fusée New Shepard de sa firme Blue Origin, anime les médias de mille incendies. Qu'un tel capitaine d'industrie, accessoirement homme le plus riche du monde, aille chatouiller ne serait-ce que quelques minutes son vieux rêve spatial est, après tout, une histoire incroyable.

C'est une histoire incroyable, donc un coup de communication de maître. Car si elle est un fantasme d'enfant, cette aventure en fusée vers les joies de l'apesanteur est aussi le lancement symbolique d'un marché qui, dans les décennies qui viennent, pourrait prendre une importance financière et industrielle importante, celui du tourisme spatial.

Patatras le coup de com': l'Américain risque de se voir chaparder la lumière des projecteurs et la primeur de l'espace par un Britannique vieillissant qui agite depuis bien plus longtemps que lui le petit monde de l'entreprenariat tous azimuts, Richard Branson.

Le patron de Virgin Galactic, dont les progrès dans la compétition spatiale sont rapides et réels et qui dispose désormais d'un lanceur de satellites viable, a ainsi annoncé avec fracas qu'il s'envolerait le 11 juin vers l'espace à bord de la navette-maison VSS Unity, avec trois employés de la firme et deux pilotes.

Grillé!

C'est précisément neuf jours avant le vol annoncé de Jeff Bezos, que l'on imagine quelque peu vert de rage. «La base de tout ceci est: nous sommes prêts, a expliqué dans une interview Michael Colglazier, CEO de Virgin Galactic. Cela n'a rien d'une course à l'espace. Aucun “Qui y va le premier?” n'a joué dans notre décision. Nous faisons nos vols-tests quand nous nous sentons prêts à les faire.»

«Je pense réellement que l'espace appartient à nous tous, a pour sa part déclaré Branson dans un communiqué officiel. Après plus de seize ans de recherche, d'ingéniérie et de test, Virgin Galactic se tient à l'avant-garde d'une nouvelle industrie spatiale commerciale, qui va ouvrir l'espace à l'humanité et faire du monde un meilleur endroit.»

On notera tout de même le petit «Nous étions la les premiers» qui s'inscrit en filigrane dans les propos du Britannique. Qui connaît bien son affaire: dans les heures qui ont suivi cette fracassante annonce, le cours de Virgin Galactic s'est envolé de 27% à la bourse de New York.

Dans cette guerre de communication, il reste tout de même quelques cordes à l'arc de Jeff Bezos. La dernière en date se nomme Mary Wallace «Wally» Funk, invitée par Blue Origin à rejoindre l'équipage du vol du 20 juillet. Outre Funk, ce dernier sera composé de Jeff Bezos et de son frère Mark, ainsi que du gagnant d'une enchère à 28 millions de dollars (23,6 millions d'euros) dont le nom n'a pas encore été révélé.

L'histoire est belle: aviatrice âgée de 82 ans, preuve vivante (c'est du moins à espérer) que les trips touristiques en apesanteur de Blue Origin seront accessibles à tout le monde, Wally Funk est une recalée fameuse de la NASA. La pilote a ainsi fait partie du programme Mercury 13, qui dans les années 1960 a fait subir à treize femmes le même entraînement que leurs collègues masculins, en vue de leur envoi dans l'espace.

La suite est connue et a inspiré l'excellente série d'Apple For All Mankind: seuls ces derniers ont été envoyés au-delà de l'atmosphère terrestre, ces treize pionnières étant finalement clouées au sol du simple fait de leur genre.

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