Au Japon, le passé a encore un avenir. | Abhisek Sarda via flickr
Au Japon, le passé a encore un avenir. | Abhisek Sarda via flickr

Au Japon, un front de défense du fax fait plier le gouvernement

Entre tradition et modernité (mais surtout la tradition).

La pandémie de Covid a été révélatrice de nombreux phénomènes. Parmi ceux-ci, l'un des plus surprenants pour quiconque n'a du pays qu'une image superficielle a été l'inadéquation technologique des entreprises japonaises au télétravail.

Parmi les causes de ces achoppements du quotidien: l'utilisation encore massive du fax par les administrations ou entreprises, comme par les ménages, un phénomène dont The Japan Times parlait déjà en 2012, mais qui n'a que peu évolué huit ans plus tard.

Soucieuses de tourner le pays vers l'avenir, et voyant les problèmes vitaux que la pratique pouvait faire naître dans une situation de crise comme celle de l'épidémie de Covid-19, les autorités gouvernementales sous la houlette du Premier ministre Yoshihide Suga ont décidé de forcer la remise du bon vieux fax au musée des machines endormies et le passage aux courriers numériques pour tous et toutes.

Las. Comme l'explique le Guardian reprenant une analyse du Hokkaido Shimbun, un front de défense du fax s'est mis en place au sein même des administrations concernées, qui a forcé le gouvernement à (paradoxalement) faire machine arrière sur ses velléités de futur.

Retour vers le futur du passé

En cause, selon le quotidien japonais: le malaise des fonctionnaires face à un environnement numérique qu'ils ou elles ne maîtrisent pas forcément à la perfection, et la peur que, dans des dossiers policiers ou judiciaires sensibles, des courriels soient plus à risque d'interception ou de divulgation que des fax.

«Bien que nombre de ministères et agences gouvernementales aient pu cesser d'utiliser le fax, je ne peux affirmer avec fierté que ce soit le cas de la plupart d'entre eux», déclare ainsi un officiel au Hokkaido Shimbun.

Le Guardian rappelle en outre que cette guerre faite au fax n'est pas la seule que mène le gouvernement dans sa volonté de plonger l'archipel dans la modernité. Les hankos, sceaux japonais traditionnels très utilisés lors de la signature de contrats ou de documents officiels avec l'apposition d'une inkan, ont eux aussi récemment été dans le viseur de l'administration du pays.

Ces signatures tamponnées nécessitent en effet des interactions et échanges physiques entre les parties en présence qui ne semblaient pas compatibles à la fois avec la simplification et la numérisation administrative souhaitées et la pandémie de Covid-19.

Là encore, les entreprises et administrations ont été réticentes face à l'arrêt programmé de l'usage de ces tampons, souvent gravés à la main et considérés par beaucoup comme un constituant important de l'identité immémoriale du pays.

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