Un vert qui a encore des progrès à faire. | Eduardo Soares via Unsplash
Un vert qui a encore des progrès à faire. | Eduardo Soares via Unsplash

Le mirage des start-ups de recyclage chimique

Le plastique, c’est toujours pas fantastique.

À écouter les chantres de la technologie, nul besoin de réviser notre mode de croissance pour éviter le changement climatique. Les émissions de CO2 augmentent? Il suffit de l'aspirer dans l'air avec d'énormes machines filtrantes.

Les vaches qui émettent trop de méthane? Remplacées par de la viande in vitro. La montagne de plastique déversée chaque jour dans les décharges? Éliminée par des procédés de recyclage high tech.

Comme toutes les autres technologies, ce dernier est pourtant loin de tenir ces promesses, comme le montre une longue enquête de Reuters intitulée «Le mythe du recyclage». Le site a examiné trente projets de recyclage avancé de plastique de start-ups ou de grands groupes pétrochimiques et découvert que «la totalité d'entre eux fonctionnent toujours à une échelle modeste ou ont fermé, et plus de la moitié ont un retard de plusieurs années sur les plans commerciaux annoncés».

Aujourd'hui, le recyclage du plastique consiste principalement à découper le matériau en minuscules paillettes, pour le refondre et produire un nouveau produit.

Or, ce procédé n'est réalisable que pour un nombre très limité de plastiques, comme le PET, et que la matière première obtenue doit être mélangée à du plastique vierge, car elle n'est pas de suffisamment bonne qualité.

Résultat: seuls 28% du plastique est recyclé en France. Plusieurs start-ups se sont donc lancées dans le «recyclage avancé», ou recyclage chimique, un procédé qui permet de convertir n'importe quel plastique en matière première vierge à forte valeur ajoutée (carburant, polymères pour l'industrie chimique, ou plastique à la qualité identique à celui d'un matériau à base de pétrole).

«Contrairement au recyclage mécanique, pour lequel chaque cycle de recyclage dégrade la qualité du plastique, il n'existe aucune limite du nombre de fois où un produit en plastique peut faire l'objet d'un processus de recyclage avancé», vante ainsi ExxonMobil, qui s'est allié avec plusieurs start-ups en Europe et aux États-Unis pour développer cette technologie.

Plus besoin non plus de se fatiguer à trier le plastique: tout est brûlé et transformé à l'infini, dans un cycle vertueux d'économie circulaire.

Les angles saillants du circulaire

La réalité est pourtant encore loin de ces fantastiques déclarations. La plupart des technologies actuelles de recyclage chimique reposent sur la pyrolyse, une technique qui consiste à chauffer le plastique à très haute température en milieu pauvre en oxygène.

Sauf que ce processus est extrêmement énergivore et peut générer des composés toxiques comme la dioxine. Selon une étude publiée par Hefty EnergyBag, la pyrolyse émet 69% de CO2 en plus que la mise en décharge du plastique, et six fois plus de dioxyde de carbone que de brûler le plastique dans un four à ciment.

De plus, la valeur des polymères obtenus est extrêmement faible, selon Susannah Scott, professeure de chimie à l'université de Californie. Autrement dit, la rentabilité de ce type de projet est quasi impossible à atteindre.

Pour l'instant, ces start-ups sont largement soutenues par les géants de la pétrochimie, de la grande distribution comme Unilever ou Procter&Gamble, ou par de richissimes investisseurs.

Agilyx est par exemple financée par Richard Branson, qui ambitionne de fournir du carburant écolo à Delta Airlines. Enerkem, une start-up québécoise, a noué un accord avec Royal Dutch Shell et Plastic Energy travaille avec ExxonMobil pour ouvrir une usine début 2023.

Les promesses trop facilement émises pourraient pourtant bientôt être observées d'un peu plus près. Le 6 mai dernier, la start-up PureCycle, basée en Floride, a vu son cours s'effondrer de 40% après qu'un cabinet d'analyse financière a publié un rapport qualifiant sa technologie de «spéculative» et ses projections financières de «ridicules». Depuis son introduction en bourse en novembre 2020, le cours de l'action a été divisé par trois.

Si les investisseurs ferment les yeux sur ces déboires, c'est sans doute parce que cela leur permet de continuer leur «business as usual», consistant à fabriquer et utiliser toujours plus de plastique.

Selon l'Agence Internationale de l'Énergie (AIE), la production de plastique va augmenter de 60% d'ici 2050 pour atteindre 171,6 millions de tonnes par an. D'ici là, d'autres firmes et technologies, comme la prometteuse solution de Carbios notamment, auront peut-être modifié ce paradigme global.

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