Trop, c'est trop. | Chuttersnap via Unsplash
Trop, c'est trop. | Chuttersnap via Unsplash

Trop de solaire va-t-il tuer le solaire?

L'afflux d'énergie solaire sur le réseau provoque un effondrement de son prix.

Afin d'encourager l'installation de panneaux solaires chez les particuliers, le gouvernement subventionne massivement les tarifs de l'électricité revendue à EDF. Chaque kilowatt-heure produit par un propriétaire lui fait gagner entre 9,52 et 17,19 centimes. Ces revenus sont garantis pendant vingt ans, sans compter les aides locales à l'installation. Résultat: la capacité totale du parc solaire français dépasse désormais les 10 GW, et devrait encore doubler d'ici 2023, prévoit RTE.

Une électricité locale et décarbonée est un bon moyen de remplir nos objectifs en matière de réduction de gaz à effet de serre. Sauf que toute cette énergie supplémentaire ne nous est en réalité pas vraiment utile. Pire: elle pourrait provoquer un krach de la filière tout entière, prévient la MIT Technology Review.

Le problème tient à ce que cet afflux d'énergie solaire survient lorsqu'on n'en a pas besoin. Les pics de consommation ont lieu soit le matin avant 9 heures, soit le soir entre 18 et 20 heures, quand le soleil est absent. À l'inverse, les panneaux solaires produisent à pleine capacité l'été en journée, lorsque la demande est faible.

Les prix sur le marché de gros de l'électricité s'effondrent, comme le montre un rapport du think tank Breakthrough Institute sur la Californie. «Entre 2014 et 2020, la valeur de l'énergie solaire a chuté d'environ 37% par rapport aux autres sources de production d'électricité», constatent les auteurs.

Prix négatifs

Au printemps, la déflation peut atteindre 50% et les prix passer en négatif. Jusqu'ici, la perte de valeur a été à peu près compensée par la chute du coût des modules photovoltaïques (-90% entre 2010 et 2019). Mais cette course à l'échalote risque de mal finir. «Il va devenir de plus en plus difficile de convaincre les promoteurs et les investisseurs de construire toujours plus de centrales solaires s'ils gagnent moins d'argent ou même s'ils en perdent», alerte le MIT.

«La Californie donne un aperçu de ce qui attend le reste du monde alors que nous assistons à une augmentation spectaculaire de l'énergie solaire», met en garde Zeke Hausfather, l'auteur du rapport. Avec 19% de production électrique issue de l'énergie solaire, la Californie est aujourd'hui loin devant la France (2,5%). Mais, chez nous aussi, cette part est en constante augmentation. L'Italie et l'Allemagne en sont déjà respectivement à 8,6% et 7,9%.

Des systèmes de stockage comme les batteries ou l'hydrogène peuvent permettre de mieux réguler les flux d'électricité. Il est aussi possible d'améliorer l'interconnectivité en construisant de nouvelles lignes, ou d'inciter la clientèle à consommer lors des pics de production.

Seulement, les investisseurs risquent de ne pas avoir la patience d'attendre. Les pouvoirs publics feront alors face à un dilemme: augmenter encore les subventions, au risque d'exacerber le problème, trouver d'autres énergies décarbonées moins flucuantes ou les imposer, et tant pis pour les profits des promoteurs.

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