Une jeune indienne utilise TikTok à Bangalore, le 30 juin 2020. | Manjunath Kiran / AFP

Une jeune indienne utilise TikTok à Bangalore, le 30 juin 2020. | Manjunath Kiran / AFP

L'interdiction de TikTok en Inde, un désastre pour les influenceurs

Le réseau social était devenu une importante source de revenus pour nombre d'internautes dans le pays.

Depuis début juillet, cinquante-neuf applications mobiles chinoises ne sont plus accessibles en Inde, sur ordre du gouvernement. Si, officiellement, cette décision n'est pas une sanction contre la Chine, elle intervient deux semaines après qu'une bagarre entre militaires des armées indienne et chinoise dans la région du Ladakh a fait vingt morts parmi les soldat·es indien·nes.

Parmi les applications concernées se trouve TikTok, le populaire réseau social orienté vidéo de l'entreprise chinoise ByteDance. L'app a pris une part importante de la vie de certain·es Indien·nes. Le pays représente le second marché derrière la Chine pour l'entreprise, avec près de 200 millions d'utilisateurs et utilisatrices actives chaque mois.

Le réseaux social est arrivé dans le pays à point nommé, au moment même où l'accès à l'internet mobile bon marché y prenait son essor. Par conséquent, TikTok s'est particulièrement développé dans les petites villes, auparavant peu connectées.

«Les apps comme TikTok ont démocratisé la participation numérique en Inde et brisé le présupposé que les réseaux sociaux ne devraient être utilisés que par les élites éduquées et anglophones», explique Torsha Sarkar, membre du Centre pour internet et la société de Bangalore.

Pâles copies

Au-delà de l'aspect culturel, beaucoup d'inscrit·es ont fait de l'app une source de revenus. D'après Wired, ByteDance dépensait aux alentours de 15 millions d'euros par mois en marketing dans le pays, une somme comprenant notamment le paiement des créas les plus populaires. Et ce sans parler des posts sponsorisés, les marques du cru s'étant rapidement adaptées à l'économie de l'influence.

Le site raconte l'histoire de Vats qui, les bons mois, pouvait gagner jusqu'à 2.400 euros –du jour au lendemain son gagne-pain est parti en fumée. Pour un ou une influenceuse de première catégorie disposant de plus de 10 millions de followers, ces revenus pouvaient grimper jusqu'à 4.700 euros mensuels.

Celles et ceux qui vivaient de TikTok doivent donc trouver une manière de rebondir. Des dizaines de copies «fièrement indiennes» de l'app ont été créées. Mais aucune n'a le répertoire musical, le large éventail de filtres ou les centaines de millions d'utilisateurs et utilisatrices de l'originale –et la plupart sont encore très buggées.

L'alternative réside dans les applications américaines comme Instagram et YouTube, mais ces plateformes sont mieux taillées pour les «élites éduquées et anglophones» et y reconstruire une audience comparable semble relever de la gajeure.

Deux jours seulement après l'interdiction, Instagram a déjà sauté sur l'occasion en déployant en Inde une version test de Reels, sa réponse directe à TikTok. Les États-Unis, en plein conflit avec Pékin, ont salué l'initiative du gouvernement car ils estiment qu'elle permettrait de «renforcer la souveraineté de l'Inde». Une décision qu'ils se disent prêts à imiter au nom de leur sécurité nationale.

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