Donald Trump pendant un discours à Washington. | Brendan Smialowski / AFP
Donald Trump pendant un discours à Washington. | Brendan Smialowski / AFP

Les réseaux sociaux modèrent, Trump fait le contraire

La Maison-Blanche a lancé un outil pour permettre aux internautes américain·es de se plaindre en cas de modération de la part réseaux sociaux.

«Peu importe vos opinions, si vous suspectez qu’un biais politique a motivé des mesures contre vous, racontez votre histoire au président Trump.» C’est de cette manière que la Maison-Blanche présente son nouvel outil en ligne, un questionnaire où toute personne qui a la citoyenneté américaine peut témoigner de la censure politique dont elle estime avoir été vicitme sur les réseaux sociaux.

Si le message de la Maison-Blanche commence par «peu importe vos opinions», cet outil se veut une réponse à ce que les républicains appellent le «bias against conservatives» qui sévirait sur les réseaux sociaux. Soit une hostilité supposée des grandes entreprises de la tech qui encourageraient la censure et les discriminations envers les internautes aux opinions conservatrices –un thème récurrent pour les républicains.

Les réseaux sociaux dans la ligne de mire

Pourtant, depuis maintenant plusieurs années, les réseaux sociaux sont sous le feu des critiques pour leur incapacité à modérer correctement leurs plateformes, devenues trop massives pour être gérées par une seule entité.

Harcèlement, sexisme, fake news, complotisme, racisme et nationalisme blanc voire terrorisme, les réseaux sociaux ont eu, ont et auront encore bien du mal à stopper la propagation de contenus haineux en ligne. Twitter et Facebook notamment ont longuement hésité à bannir des figures de l’alt-right comme Milo Yannopoulos ou Alex Jones, invoquant leur liberté d’expression.

Il a fallu attendre que les tragédies IRL comme l’attentat de Christchurch en Nouvelle-Zélande, la fusillade dans une pizzeria de Washington au cœur d’un complot de l’alt-right, ou la tuerie dans une synagogue de Pittsburgh se multiplient pour que Zuckerberg, Dorsey et consorts se décident à prendre –progressivement– des mesures.

Or, nombre de ces scandales impliquent cette «droite alternative», un mouvement extrémiste et un pillier électoral de Donald Trump, pour qui les réseaux sociaux avaient fait des miracles durant sa campagne. Logique donc que les républicains pèsent de tout leur poids contre une modération plus sévère.

«L'appel de Christchurch»

L’outil lancé par la Maison-Blanche souffre d'un timing particulièrement mauvais: son annonce est tombée le même jour que le refus par Donald Trump de signer l’«appel de Christchurch».

Lancé par la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern et Emmanuel Macron, soutenu par Facebook, Twitter, Google et Amazon, ce texte vise à «lutter contre le terrorisme et l’extrémisme violent en ligne». Les États-Unis, tout en soutenant son objectif, ne «sont pas actuellement dans la position de se joindre à l’adhésion», a-t-il été expliqué.

Au-delà de ce hasard de calendrier, l’hostilité envers les conservateurs imputée aux réseaux sociaux n’est pas nouvelle. Le mois dernier, le comité judiciaire du sénat, mené par Ted Cruz, a cuisiné des représentants de Facebook et Twitter en les accusant de biais politiques. En guise de preuves ne se sont succédées qu’une suite d’anecdotes facilement contredites par les représentants.

En septembre dernier, les membres républicain·es du Sénat avaient déjà attaqué Jack Dorsey sur ce sujet. En avril 2018, c’étaient deux blogueuses conservatrices qui étaient invitées pour témoigner de la «censure» qu’elles avaient subi. Et ce ne sont que quelques exemples.

La Silicon Valley sur le banc des accusés

La réthorique qui sous-tend ces accusations tient en un paragraphe: la Silicon Valley est essentiellement constituée de liberals (ce qui en états-unien désigne le centre gauche, économiquement libéral mais progressiste sur le plan sociétal), par nature hostiles aux membre du Parti républicain. Une théorie qui avait pris de l’ampleur en 2017 après le licenciement de James Damore, un ingénieur de Google qui s’était plaint de discriminations envers «les hommes blancs conservateurs».

Le fait que la Silicon Valley soit en majorité démocrate est avéré, mais rien ne prouve que cela se traduise dans les modalités de modération de ses plateformes. Plusieurs études suggèrent au contraire que ce sont les voix d’extrême droite qui sont les plus audibles sur internet, et pas seulement aux États Unis.

L’une des raisons pour lesquelles les conservateurs sont sanctionnés plus souvent que les autres pourrait plutôt être leur propension à partager plus de fake news que le reste des internautes –sans surprise, c'est particulièrement vrai de l'électorat de Donald Trump.

Les républicains ne rechignant pas à jouer la carte de la persécution, il est probable que le questionnaire en ligne de la Maison-Blanche servira à brandir des chiffres pour contredire les études citées plus haut. Notons tout de même que le questionnaire est purement déclaratif, toute personne qui y répond peut donc prétendre être un citoyen américain: une véritable porte ouverte aux bots et aux manipulations.

D'autant qu'il y a fort à parier que les personnes susceptibles de répondre à cet appel seront en majorité des internautes aux idées conservatrices. Car même s'il est ouvert à «toutes les opinions», il y a peu de chance que des démocrates qui soupçonnent une censure politique viennent «raconter [leur] histoire au président Trump».

The Verge ajoute à tout ceci que l'équipe de Trump a également, avec son bidule, créé un formidable aspirateur à adresses e-mail. Et l'on sait à quel point les données concernant les électeurs, à l'aube d'une campagne électorale, pourraient valoir de l'or.

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