Ça roule moins bien dans la colle. | Stringer / AFP
Ça roule moins bien dans la colle. | Stringer / AFP

La meilleure arme secrète de l'Ukraine est connue depuis des siècles

Cela n'a pas empêché les Russes de s'engluer dans la fameuse raspoutitsa.

Des missiles Javelin ou Starstreak, des drones devenus héros populaires comme le Bayraktar TB2 turc, d'autres à peine nés comme le Switchblade américain, d'autres encore si jeunes qu'ils ont été conçus pour l'occasion, des projectiles d'artillerie guidés Excalibur envoyés par le Canada... L'Ukraine dit certes manquer d'armes pour faire face à l'ennemi russe, mais celles que l'Occident lui envoie sont souvent des trésors de haute technologie.

Pourtant, c'est l'une des plus anciennes caractéristiques du pays qui lui a peut-être sauvé la mise lors des premiers jours du conflit. Elle est, à vrai dire, aussi vieille que la Terre puisqu'il s'agit du sol même du pays: collante, profonde, visqueuse... c'est la boue ukrainienne.

Ce phénomène que les Russes appellent «raspoutitsa», qui arrive au printemps et à l'automne, a concentré les blindés du Kremlin sur les routes pavées du nord du pays, provoquant de lourdes complications logistiques et facilitant l'efficace guérilla des Ukrainiens, en terrain connu.

Les Russes ne pouvaient l'ignorer: les troupes de Napoléon, déjà, avaient vu leur progression fortement ralentie lors de la retraite de Russie en 1812, les enfermant ensuite dans un hiver qui leur fut fatal. Même chose pour Hitler, dont les plans blindés de l'opération Barbarossa furent pour le moins contrariés par l'arrivée de cette boue collante.

Dès janvier, alors que l'invasion se préparait mais restait en suspens, les experts prévenaient: s'il voulait attaquer, Vladimir Poutine avait intérêt à le faire au creux de l'hiver, lorsque les sols gelés permettent le passage de multiples colonnes de blindés, permettant des attaques coordonnées et massives hors des étroites routes pavées du pays.

La plupart des experts interrogés par CNBC sur la question en restent sans voix: comment la Russie a-t-elle pu se faire piéger par cette raspoutitsa qu'elle connaît pourtant par cœur, au point de perdre de nombreux blindés engloutis par le sol ukrainien, et forçant ses occupants à continuer à pied?

On dirait qu'ça t'gêne...

L'un des facteurs a peut-être été, plus à l'est, la tenue des Jeux olympiques d'hiver de Pékin, en Chine: Xi Jinping aurait demandé à Vladimir Poutine de retarder son invasion de quelque temps, pour ne pas entacher la fin de sa grande parade diplomatique internationale.

L'autre était la certitude, dans les haut-rangs de l'armée russe comme au Kremlin, que Kiev et le gouvernement du président Zelensky tomberaient après quelques jours de guerre seulement. Le blitzkrieg n'a pas eu lieu et les sols, comme neige au soleil, ont eu quelques jours de plus pour se transformer en un bourbier dont les armées russes ne se sont extraites qu'au prix de lourdes pertes, et d'une belle humiliation.

«Cela pose de vraies questions, s'étonne Maximilian Hess du Foreign Policy Research Institute auprès de CNBC. Les Russes ont fait ces exercices militaires et se sont entraînés à une invasion pendant une décennie. Et pourtant ils n'y ont pas pensé, ou ils ont manqué de la coordination nécessaire pour mettre les bonnes unités aux bons endroits, pour se déplacer de la bonne manière, et ainsi s'adapter à quelque chose qui est connu depuis 300 ans.»

Sam Cranny-Evans, analyste pour la firme britannique RUSI, explique quant à lui que les armées russes ont mal calculé ce qu'il appelle la «terramécanique», soit l'étude de l'interaction des sols lorsqu'une ou des machines roulent dessus.

En l'occurrence et selon lui, un blindé russe moderne seul pourrait éventuellement évoluer sur certaines parties de la boue ukrainienne, mais ce n'est pas le cas d'une colonne entière de chars, qui finit par s'embourber dans les traces qu'elle creuse elle-même par la répétition des passages.

On connaît la suite: plombés notamment par une logistique désastreuse, les soldats des armées mécaniques russes se sont retrouvés à la merci de troupes ukrainiennes agiles, bien entraînées, appuyées par des drones ou des armes anti-chars efficaces. Et ont fini par devoir rebrousser chemin, quand ils n'étaient pas capturés, en grand nombre.

Selon un officiel de la Défense américaine, l'Ukraine dispose ainsi désormais de plus de chars que la Russie sur le terrain des opérations. Nul doute que le pays saura leur faire éviter le piège de la raspoutitsa dans lequel l'ennemi est tombé, pourtant en connaissance de cause.

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