De quoi monter un très joli cabanon. | Rob Lee via Twitter
De quoi monter un très joli cabanon. | Rob Lee via Twitter

Béquilles, chariots élévateurs, drones, taille-haies: les curieux dons du peuple russe à ses soldats

Crowdfunding militaire et bric-à-brac absolu.

Des béquilles, des patates, des radios, des jumelles de vision nocturne, des drones DJI, des oignons, du matériel médical de première urgence, des perceuses, des télémètres lasers... C'est une liste à la Prévert –un Prévert à la poésie plutôt martiale– que dévoilent les publications des familles russes sur les réseaux sociaux, montrant avec fierté les dons matériels envoyés à leurs soldats au front.

Car c'est l'un des phénomènes les plus étonnants de ce conflit: des deux côtés –assez logiquement pour une Ukraine aux armées a priori moins riches et moins bien dotées; de manière plus surprenante pour une force russe que l'on considère comme la seconde armée du monde–, les populations mettent la main à la pâte, ou du moins au portefeuille.

Non avec les colis alimentaires traditionnels à tout conflit, encore que les troupes russes ont notoirement manqué de rations et ont dû s'en remettre à la rapine pour subvenir à leurs besoins les plus primaires, mais avec du matériel directement utilisé sur le front.

Un article du New York Times est récemment revenu sur ces contributions du peuple russe à l'effort de guerre. Si les médias d'État restent plutôt discrets à propos de ces initiatives, qui tendent à prouver une maîtrise toute relative du conflit et de ses besoins par le Kremlin, les familles s'organisent elles-mêmes, souvent sur Telegram, généralement à l'initiative d'épouses ou de mères.

Natalia Abiyeva, une habitante de la ville de Nijni Novgorod, à l'est de Moscou, a ainsi déjà récolté 60.000 dollars (56.000 euros) de dons pour les soldats russes envoyés au front, et a fait sept fois le voyage, en van, vers la frontière ukrainienne. «Le monde entier, je crois, aide nos grands ennemis, explique-t-elle au quotidien new-yorkais. Nous voulons aussi apporter notre aide, dire: “Les gars, nous sommes avec vous.”»

Tatyana Plotnikova, quant à elle, se sert de ses contacts dans un hôpital de campagne pour être mise au courant des besoins et récolter du matériel majoritairement sanitaire.

Ce matériel, on le penserait possédé en quantité par une armée puissante et en plein combat. Or, antibiotiques, produits anesthésiants, chaises roulantes, béquilles, bandages ou encore nécessaires de trachéotomie manquent semble-t-il cruellement là où tombent les obus ukrainiens, désormais souvent fournis par l'Occident.

Bric-à-brac surréaliste

Si les médias d'État répètent à l'envi que les soldats russes disposent de tout ce dont ils ont besoin, des blogueurs militaires se font plus critiques –ou réalistes– et tentent de canaliser les bonnes volontés. «Nos gars meurent parce qu'il leur manque de l'équipement, écrit l'un d'eux sur Telegram, alors que l'occident dans son ensemble fournit l'Ukraine.»

Sur Twitter, l'analyste Rob Lee surveille ces arrivées de matériels aussi divers que variés, exposés sur Telegram par leurs récipiendaires russes afin de montrer leur reconnaissance envers leurs généreux donateurs.

On voit beaucoup de choses dans ces bric-à-brac sans queue ni tête. Les drones commerciaux, si précieux pour la reconnaissance, pour la visée voire pour le bombardement –notamment ceux de la marque chinoise DJI, qui a d'ailleurs décidé de quitter la Russie pour ne pas participer contre son gré à la guerre–, y tiennent une bonne place, aux côtés des radios parfois traîtresses, des jumelles ou systèmes de visées.

Mais on a récemment pu voir des choses plus surprenantes, voire surréalistes. Alors que la Lituanie s'enorgueillissait ainsi d'avoir récolté 5 millions d'euros pour offrir un drone Bayraktar TB-2 à l'Ukraine, appareil que son constructeur a finalement décidé de donner pour que la somme puisse servir à payer des munitions, une base militaire russe montrait avec fierté les deux chariots élévateurs, reçus grâce aux dons de particuliers.

Destinés à transporter et à installer des munitions et projectiles sur les aéronefs d'une base aérienne, ces deux engins sont le rappel criant du retard que peut avoir la Russie en termes de logistique, comme l'explique très bien le passionnant fil Twitter ci-dessous.

On retrouve aussi régulièrement des objets comme des lampes torches, des couteaux multifonctions, des sacs à dos –des équipements semblant pourtant des plus basiques pour des soldats envoyés au combat.

Plus récemment, des militaires ont installé un ensemble digne d'un Bricomarché devant l'un des Soukhoï Su-34 de leur base, fierté technique de l'armée de l'air russe. Dans ce lot, on peut notamment apercevoir des perceuses, des rallonges électriques, des clés à molettes, des trucs, des bidules et, surtout, des taille-haies.

Des taille-haies? Des taille-haies. Leur raison d'être dans ce généreux envoi depuis la mère patrie restera sans doute à jamais un mystère.

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