Un soldat ukrainien pilote un drone près de Bakhmout, dans l'est de l'Ukraine, le 30 décembre 2022. | Sameer al-Doumy / AFP
Un soldat ukrainien pilote un drone près de Bakhmout, dans l'est de l'Ukraine, le 30 décembre 2022. | Sameer al-Doumy / AFP

En Ukraine, des soldats-bricoleurs à la recherche de la grenade parfaite

Peu de sous, beaucoup de dégâts: le secret de la victoire?

«Du ruban adhésif double face, des gants, des clés Allen, un fer à souder, du plastique pour l'impression 3D, des roulements à billes, une balance électronique. À côté de tout ça, une grenade à fragmentation DM51 de fabrication allemande.» Bienvenue dans le quotidien de l'atelier ukrainien auquel Thomas Gibbons-Neff et Natalia Yermak du New York Times (NYT) ont consacré un article le 7 janvier, et dans lequel quelques bricoleurs bidouillent, jour après jour, pour obtenir la «grenade parfaite».

Le cahier des charges est relativement simple. Le poids de la chose ne doit pas dépasser celui qu'un drone Mavic DJ3 de la marque chinoise DJI (ou l'un de ses équivalents) peut emporter sans que ses capacités de vol ou son endurance ne soient obérées. Et, bien sûr, elle doit être capable de percer l'épais blindage d'un tank moderne, ce qui nécessite des caractéristiques dont tous les projectiles ne disposent pas.

Leur grande créativité, mise en œuvre avec efficacité depuis le début de la guerre en février dernier, peut faire des ravages à prix discount dans les rangs russes. Mais les Russes ne sont pas en reste: si elles peinent à être aussi créatives et réactives, freinées par les lourdeurs de la bureaucratie militaire, les troupes de Moscou ne se privent pas non plus de ces petits bricolages létaux.

«La guerre, c'est de l'économie. C'est de l'argent, explique au NYT Graf, un militaire ukrainien en charge de cet atelier et de cette unité dans l'est du pays. Et si tu disposes d'un drone qui coûte 3.000 dollars [2.800 euros, ndlr] et d'une grenade qui en coûte 200, mais que tu peux détruire un tank qui vaut 3 millions de dollars, alors ça devient intéressant.»

Holy Hand Grenade

Très intéressant, même: c'est en partie ce qui explique pourquoi, comme pour d'autres conflits récents mais de manière beaucoup plus massive et visible, la guerre déclenchée par la Russie donne un rôle si important à ces peu dispendieuses petites machines volantes, et aux mille et une manières de les transformer en vecteurs de mort, pour les blindés comme pour leurs occupants ou les troupes à pied.

Alors, Graf et ses collègues cherchent. Il testent, essaient, abandonnent, adaptent, reprennent, bricolent. La grenade parfaite doit peser 450 grammes exactement. Certains des explosifs dont disposent l'Ukraine, fournis par les Occidentaux, pèsent moins. Mais ils n'ont alors pas le pouvoir pénétrant nécessaire à la destruction d'un tank.

D'autres, en revanche, seraient d'idéales candidates si elles ne souffraient pas d'un embonpoint dommageable pour le drone qui va les transporter. Graf et les siens sortent alors les outils de précision et le courage du démineur pour démonter les grenades et faire un peu de rétro-ingénierie.

Ils doivent, sans commettre d'impairs, essayer de comprendre les rouages et mécanismes propres à chacun d'entre eux et pour lequel nul mode d'emploi n'est fourni par la France, l'Allemagne ou les États-Unis, qui les produisent et les envoient.

Pour faire perdre un peu de poids aux grenades, ils impriment de nouveaux corps en 3D dans un plastique plus léger que le matériau initial. Ils inventent aussi un système d'attache et de déclenchement, et adaptent le tout aux drones utilisés sur le front. Avec parfois, disent-ils, des accidents pour ceux qui, en bout de ligne, manipulent ces munitions modifiées et dangereuses.

Selon Graf, la DM5 n'est pas une mauvaise candidate, du moins contre les troupes à pied –son mécanisme explosif n'a pas été conçu pour pénétrer le blindage d'un tank. L'équipe travaille donc sur un autre modèle de base, venu d'ailleurs et aux caractéristiques différentes.

Celui-ci semble parfait pour ravager un tank de 3 millions de dollars. Enfin, presque: malgré tous les efforts de Graf et des siens, il est encore quelques centaines de grammes trop lourd. La recherche et les bricolages continuent donc. Le jeu en vaut la chandelle.

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