Des avions de chasse Sukhoi Su-35S et Su-34, ainsi que des chasseurs à réaction Su-30SM survolent le Kremlin et la place Rouge à Moscou, le 9 mai 2020. | Yuri Kadobnov / AFP
Des avions de chasse Sukhoi Su-35S et Su-34, ainsi que des chasseurs à réaction Su-30SM survolent le Kremlin et la place Rouge à Moscou, le 9 mai 2020. | Yuri Kadobnov / AFP

En Ukraine, l'armée de l'air russe s'autodétruit peu à peu (et pour longtemps)

Des choix qui coûteront cher au Kremlin.

Le conflit en Ukraine est un désastre aisément chiffrable pour la Russie. Le site spécialisé Oryx tient ainsi une liste précise et documentée des pertes matérielles des deux camps engagés dans la guerre, et ce décompte a de quoi donner le tournis.

Depuis le début de l'invasion il y a onze mois, Moscou aurait ainsi déjà perdu plus de 8.500 pièces d'équipement, dont 1.600 chars détruits ou hors de combat, plusieurs milliers de véhicules blindés de divers types et des centaines de pièces d'artillerie.

Si le site ne s'occupe pas de compter les pertes humaines –le chiffre effrayant de 100.000 hommes tués ou blessés côté russe a été dépassé, selon un décompte américain–, il note le nombre d'aéronefs perdus par les forces aériennes russes (VKS). Et là aussi, Moscou paie le prix fort de son invasion de l'Ukraine: 67 avions auraient été touchés et 63 abattus, dont 24 exemplaires du très utilisé Su-25 Frogfoot et 17 des plus modernes et coûteux Su-34 Fullback.

Malgré une supériorité en nombre incontestable, cette incapacité à se saisir des cieux ukrainiens tient à la fois de questions matérielles et d'une doctrine totalement inadaptée. Ces problèmes initiaux ont été très largement amplifiés par la livraison massive à l'Ukraine de multiples systèmes de défense antiaérienne par ses alliés occidentaux, avec un objectif de protection réaffirmé par Volodymyr Zelensky lors de son discours du Nouvel An.

Mais un rapport du Royal United Services Institute (RUSI), un cercle de réflexion britannique dont Business Insider a rapporté le travail, publié le 30 novembre dernier, met le doigt sur d'autres soucis et sur les mauvais choix russes. Et comme la coûteuse guerre au sol, ils pourraient très durablement éroder la puissance de l'armée de l'air russe par rapport au reste du monde.

Selon le RUSI, avant même que le conflit ne débute en février 2022, les VKS a ainsi sous-estimé les systèmes de détection et de destruction des défenses antiaériennes ukrainiennes, alors en sous-nombre mais dont la ténacité, les tactiques et le courage ont pourtant très vite provoqué de nombreuses pertes du côté russe.

Rapportant des calculs ukrainiens, le cercle de réflexion explique que l'armée de l'air russe n'est entrée dans le conflit qu'avec une centaine de pilotes véritablement entraînés au combat, un chiffre qui semble ridiculement bas. Moscou a rapidement compris l'erreur et a donc cherché à extraire des vétérans de leurs retraites pour muscler ses forces aériennes.

En vrille

Mais le mal était fait, et il risque de se poursuivre des années encore, car le Kremlin s'est également résolu à envoyer au front –et dans les missions les plus dangereuses– des instructeurs chevronnés tirés hors des écoles dans lesquelles ils enseignaient. «La mobilisation d'instructeurs des écoles de pilotage entrave la capacité à générer de nouveaux pilotes, note le rapport du RUSI. L'armée ukrainienne a noté une présence plus nombreuse de pilotes très jeunes ou d'autres très âgés dans les forces aériennes russes, avec des pilotes expérimentés renvoyés au front.»

Business Insider note que cet écueil n'est pas inconnu des historiens. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la Luftwaffe allemande a commis exactement la même erreur: envoyer de plus en plus d'instructeurs sur des missions mortelles, empêchant ainsi la bonne formation et l'entraînement solide de jeunes pilotes. Ce qui, avec l'avancée de la guerre, a fait perdre en qualité et en efficacité à des forces aériennes nazies autrefois redoutables. De bons aéronefs mais des pilotes inexpérimentés et sans mentors ne font pas une bonne armée de l'air.

C'est donc là encore sur le long terme que le Kremlin entame sa propre puissance militaire, ce que ne manqueront sans doute pas de noter ses rivaux comme ses alliés pour d'autres conflits potentiels à venir.

Le RUSI note également que de sérieux problèmes de discipline et d'organisation ont coûté cher aux forces aériennes russes. La tendance atavique des armées du Kremlin à stocker carburant et munitions à proximité des aéronefs a créé des cibles particulièrement explosives pour les lointaines attaques ukrainiennes –la base de Voronej pourrait être la dernière victime en date.

Le fait d'oublier régulièrement d'enlever les caches sur les capteurs des avions envoyés à la bataille –un classique, selon le RUSI– n'est pas non plus idéal pour pouvoir imaginer emporter la victoire. Mais cette dernière n'est-elle plus déjà, pour Vladimir Poutine et ses fidèles, qu'une lointaine chimère?

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