Des chars russes, des chars russes, encore des chars russes. | Russian Defence Ministry / AFP
Des chars russes, des chars russes, encore des chars russes. | Russian Defence Ministry / AFP

Il faut fournir chars et armes lourdes à l'Ukraine, et vite

La grande bataille du Donbass pourrait à nouveau donner l'avantage aux blindés russes.

Le 12 avril, Vladimir Poutine expliquait que les vagues pourparlers de paix entre la Russie et l'Ukraine avaient atteint leur limite, ce qui faisait dire au candidat-président Emmanuel Macron qu'il «avait décidé qu'il ne s'arrêterait pas».

Bref, le retrait des troupes russes de la région de Kiev et du nord du pays et leur regroupement en vue d'une grande bataille du Donbass n'augure rien de bon –rien qui n'ait été déjà annoncé non plus.

Cherchant à tout prix une victoire militaire à afficher, peut-être pour le 9 mai, date symbolique de la victoire de l'URSS sur les nazis, l'armée russe prépare une offensive de grande envergure, totale et sans pitié.

La nomination du général Alexandre Dvornikov en tant que commandant des troupes russes en Ukraine pourrait aider ces dernières à se réorganiser et se renforcer, avancent certains analystes, tandis que d'autres doutent que cela puisse changer grand-chose aux qualités intrinsèques des troupes russes. Une chose est certaine: Dvornikov est l'un des bouchers d'Alep, et ne fera sans doute pas dans la dentelle.

D'autant que, comme l'expliquent des analystes interrogés par The Drive, le terrain pourrait se révéler beaucoup plus favorable à ce qu'apprécie plus que tout la bonne vieille armée russe, si du moins la redoutable raspoutitsa, boue collante et ennemie jurée des blindés, ne vient pas jouer les trouble-fêtes.

L'armée russe arrive certes dans un territoire en guerre depuis 2014, où l'Ukraine a eu le temps de penser ses fortifications. Mais de grandes plaines agricoles plates, dénuées des obstacles et recoins ayant favorisé les mortelles embuscades ukrainiennes du début du conflit, pourraient permettre de vastes manœuvres de chars en formation –à l'ancienne, comme lors de la Seconde Guerre mondiale, affirme l'Ukraine elle-même.

«Oui, il ont beaucoup de Javelin [des missiles anti-char] mais ils sont plutôt éparpillés et sans une grande force blindée pour les soutenir, quand ils se retrouveront nez à nez avec des unités mécanisées bien employées en termes de mouvements tactiques et de couverture, ils risquent d'avoir bien du mal», expose ainsi à The Drive Michael Liscano Jr., un tacticien américain.

«Leur nouveau général a un lourd passif de pilonnement massif avant des avancées au sol décisives», ajoute-t-il. Et si la guerre en Ukraine, même dans l'est, ne se résumera bien sûr pas à une bataille de chars, Kiev risque d'avoir grand besoin de renforts blindés si elle souhaite résister à l'assaut russe initial.

«Des armes, des armes, et des armes»

Elle peut déjà compter sur les centaines d'entre eux que, selon le blog spécialisé Oryx, elle a capturé à l'ennemi: plus de 1.000 blindés en tout, dont près de 200 chars. Mais elle a besoin de plus et, si les choses prennent leur temps malgré la grande urgence, OTAN comme Union européenne semblent décidées à fournir des armes de plus en plus lourdes à Kiev.

La République tchèque a été la première à passer à l'action, du moins publiquement: elle a décidé de manière souveraine d'envoyer des chars T-72 ainsi que des blindés BVP-1 en Ukraine pour aider le pays à reconstituer ses forces.

D'après The Drive, elle ne serait pas la seule nation à l'avoir fait. Au moins deux autres pays auraient discrètement déjà offert des véhicules à Kiev pour assurer sa défense –Oryx parle de 100 unités envoyées par la Pologne.

La Slovaquie, après avoir obtenu des États-Unis et des pays de l'OTAN l'installation d'une batterie Patriot PAC-3, a offert son système de défense aérienne S-300 à Kiev: ces armes seront également cruciales, notamment mais pas uniquement pour protéger les populations civiles de probables pluies de missiles de croisière.

La question d'un transfert de ses MiG-29 semble par ailleurs être de nouveau sur la table, le pays ayant reçu l'aval tacite de Washington qui avait manqué à une première tentative du même type, réclamée à cor et à cri et de longue date par l'Ukraine.

Plus à l'ouest, le fabricant allemand Rheinmetall s'est dit prêt à envoyer une cinquantaine de chars Leopold 1, des véhicules vieillissants mais encore très efficaces. Le transfert, s'il recevait l'accord définitif de Berlin, prendrait néanmoins six semaines au minimum; il est possible que la grande bataille du Donbass ait été enclenchée bien avant cela.

Le site Oryx, toujours lui, tient une liste sans doute non exhaustive de ces armements lourds que les soutiens de l'Ukraine lui font parvenir. Drones, radars, missiles anti-navires Harpoon pour tenter de tenir à distance les bateaux russes en mer Noire, impressionnants véhicules blindés britanniques Mastiff ou australiens Bushmaster, pièces d'artillerie: la liste s'allonge à mesure que la bataille décisive se rapproche.

Il y a quelques jours, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Dmytro Kuleba, expliquait à l'OTAN que son pays avait besoin «de trois choses: des armes, des armes, et des armes». Le message semble avoir été entendu. Mais sera-t-il, à temps, transformé en actes?

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