À vendre: drone Shahed 129 toutes armes et toutes options. Faire offre à Téhéran. | Atta Kenare / AFP
À vendre: drone Shahed 129 toutes armes et toutes options. Faire offre à Téhéran. | Atta Kenare / AFP

La commande de centaines de drones iraniens, un gros coup mais une humiliation pour la Russie

Cela pourrait changer beaucoup de choses en Ukraine.

Aucun doute ne peut ternir l'affirmation: dans le conflit qui l'oppose à son voisin et envahisseur russe, l'Ukraine a clairement pris le dessus dans l'usage des UAV, des «Unmanned Aerial Vehicles», autrement dit des drones.

Si le turc Bayraktar TB-2 est le plus visible de ces héros aériens de la guerre et si les États-Unis sont aussi entrés dans le jeu avec –notamment– l'envoi de drones-kamikazes Switchblade, le pays a développé un savoir-faire proprement ahurissant dans l'utilisation de ces petits appareils sans humains.

Qu'ils soient militaires ou de nature civile, que les forces ukrainiennes les transforment elles-mêmes avec une créativité sans borne ou qu'elles les commandent directement sur Aliexpress, les UAV sont ainsi l'un des éléments expliquant le mieux la féroce résistance du pays –et les lourdes pertes de l'ennemi.

En face, la Russie n'est bien sûr pas restée les bras croisés, et dispose de quelques atouts. Leur utilisation a pourtant été plus discrète –ou moins bien exploitée par la propagande– et The War Zone explique qu'elle a en grande partie été faite dans des objectifs de renseignement plutôt que pour des frappes armées.

C'est ce dernier élément qui pourrait changer dans les prochains mois. Car si Moscou est très isolée sur la scène internationale, pieds et poings liés par les sanctions économiques et technologiques imposées par l'Occident, elle garde quelques alliés.

C'est notamment le cas de Téhéran: selon les confidences évidemment pas innocentes lâchées à des journalistes américains par Jake Sullivan, conseiller à la sécurité de la Maison-Blanche, «le gouvernement iranien se prépare à fournir à la Russie jusqu'à plusieurs centaines d'UAV, y compris armés, et ce dans un avenir très proche».

L'avenir en question est si proche qu'il était question de «début juillet»: le transfert de matériel et la formation des troupes russes est possiblement d'ores et déjà en cours.

Nouvel axe

Selon l'analyse de The War Zone, ce chiffre de «plusieurs centaines» de machines évoqué par Jake Sullivan semble indiquer que les commandes russes portent sur des drones-suicides plutôt que des appareils réutilisables plus classiques, comme le désormais fameux Bayraktar turc ou le MQ-1C Grey Eagle que Washington a imaginé fournir à Kiev.

Une raison très pragmatique pourrait expliquer ce choix: comme l'a déjà prouvé l'Ukraine (ou l'Iran lui-même en Arabie saoudite), ceux-ci peuvent, pour un coût faible, causer d'importants dégâts sur des infrastructures ou cibles militaires lointaines.

Des dégâts aussi importants, éventuellement, que des missiles de croisière classiques, tels le Kalibr pour ne citer que lui. Des projectiles dont la Russie arrose l'Ukraine depuis le début de l'invasion, mais dont elle semble avoir fini par épuiser les stocks. Une pénurie qui l'oblige à faire des usages contre-nature des projectiles dont elle dispose encore, comme l'utilisation de missiles antinavires contre des cibles terrestres.

Fournis en grand nombre et à vil prix par l'Iran, ces centaines de drones-kamikazes pourraient donc permettre à Moscou de reprendre le dessus stratégique dans certains domaines, d'esquiver le problème des sanctions et de la production domestique de munitions, et de continuer à frapper le cœur de l'Ukraine. Sans compter et, comme l'explique The War Zone, avec une responsabilité plus difficile à établir qu'avec ses propres matériels, dans le cas d'une frappe de cible civile.

Alors que la Chine joue un jeu d'équilibriste entre son soutien à Moscou et sa frayeur d'être prise dans le jeu de sanction mis en place par l'occident, l'Iran a beaucoup moins à perdre dans un tel contrat, explique encore The War Zone. Elle a au contraire tout à gagner –notamment un très gros client régulier des armes qu'elle développe avec une compétence grandissante.

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