Une femme dans ce qu'il reste de son habitation, après un bombardement russe. | Aris Messinis / AFP
Une femme dans ce qu'il reste de son habitation, après un bombardement russe. | Aris Messinis / AFP

Dans le Donbass, l'armée russe commet les mêmes erreurs (mais ravage tout sur son passage)

La terre brûlée: détruire, avancer, recommencer.

La prise de Kiev ayant échoué d'une manière assez coûteuse et cinglante, les armées russes ont décidé de concentrer leurs forces et leurs attaques dans l'est de l'Ukraine.

Dans le Donbass, une région où les poches contrôlées par les séparatistes de la République populaire de Donetsk et de la République populaire de Louhansk leur offrent une meilleure assise et de solides points logistiques, Moscou semble pourtant continuer à commettre les mêmes erreurs, comme le raconte le New York Times.

Les avancées des armées russes, explique ainsi un officiel du Pentagone, se font «péniblement et de manière incrémentale»: certes Moscou progresse, grignote du territoire et malmène fortement les armées ukrainiennes, mais ces incontestables petites victoires se font au prix d'un épuisement important de sa capacité militaire.

Selon les renseignements français cités par le journaliste Georges Malbruno, la Russie aurait perdu 28.000 hommes depuis le début du conflit le 24 février –plus conservateurs, les États-Unis de leur côté estiment que Moscou a déjà perdu 20% de sa puissance initialement engagée.

En plus de pertes matérielles considérables, avec notamment plus de 1.000 tanks partis en fumée selon le Pentagone, c'est un problème crucial pour les armées russes, qui pourraient devoir piocher dans leurs unités à l'entraînement pour remplacer ces pertes ou faire se battre des hommes plus âgés, une loi interdisant aux plus de 40 ans de rejoindre le front ayant été abrogée.

C'est désormais le général Dvornikov qui mène, du côté russe, cette danse macabre. À son arrivée, cet ancien de la guerre de Tchétchénie, également vu en Syrie où viser des civils était semble-t-il l'une de ses marques de fabrique, l'homme a souhaité rationaliser l'action russe, notamment en coordonnant mieux les actions au sol et dans les airs.

Pourtant, les choses «ne se déroulent pas si différemment dans l'est que dans l'ouest, parce qu'ils n'ont pas réussi à changer le caractère de l'armée russe», explique au New York Times l'analyste Frederick W. Kagan.

Selon lui, et comme nous l'avons de multiples fois rapporté, l'absence de sous-officiers dans les hiérarchies russes coûte cher en efficacité comme en hommes, forçant de très haut gradés à prendre des risques inconsidérés et à tomber au front, où ils ne devraient pas être.

En outre, les stratèges américains notent que la pause entre l'échec autour de Kiev et la reprise des combats dans l'est a été beaucoup trop courte pour une armée russe qui peine à se réorganiser correctement, et dont le moral au plus bas mène à de sérieuses velléités de mutinerie.

Notant également que la Russie n'a toujours pas réussi à imposer sa supériorité aérienne malgré des forces bien plus importantes, le New York Times dresse donc un portrait plutôt sombre de l'action russe dans le Donbass.

Il ne faudrait pourtant pas y voir le signe d'une armée complètement perdue et à l'arrêt. Car comme le relate un excellent reportage de Christopher Miller pour Politico, Moscou est en train de frapper fort, très fort, gagne du terrain, malmène terriblement les troupes ukrainiennes qui lui font face, et détruit tout sur son passage.

Miller décrit notamment les âpres échanges d'artillerie entre les deux camps. «Celui qui réussira le mieux à ce jeu d'artillerie du chat et de la souris –et disposera des plus gros canons et des plus grandes quantités d'obus– remportera sans doute la victoire, écrit-il depuis le front. En ce moment, la Russie semble avoir le dessus.»

Renverser la vapeur

Miller constate que, malgré l'arrivée continue en Ukraine d'armes puissantes venues de l'Ouest, la Russie est pour l'instant encore largement mieux dotée. Elle procède ainsi à des barrages d'artillerie brutaux et continuels qui, dans une politique de terre brûlée sans pitié, ravagent tout ce qui se trouve au point de chute.

«Ils nous arrosent d'un tapis de bombe, explique Serhiy Haidai, qui mène les armées ukrainiennes de la région de Louhansk. Les villes qu'ils attaquent sont simplement rayées de la carte. Ils détruisent d'abord tout, puis avancent dans les ruines. Ils sont en train de détruire Sievierodonetsk, ils la bombardent en continu avec tout ce qu'ils ont. De cette manière, ils font tant de dégâts qu'il est impossible pour une armée d'y installer une place forte.»

Selon Volodymyr Zelensky, les Russes se battent à sept contre un dans l'est du pays, entre 60 et 100 soldats ukrainiens seraient tués chaque jour, et plus de 500 seraient blessés. La situation est donc particulièrement difficile –mais elle n'est pas désespérée.

Car si la Russie profite de sa supériorité matérielle sur l'Ukraine pour ravager tout ce qu'elle croise, c'est qu'elle sait que le rapport de force technique pourrait s'inverser dans les prochaines semaines et les prochains mois, avec la fourniture continue d'armes lourdes occidentales.

Les M177 américains ou les Caesar français, par exemple, font déjà des miracles. L'arrivée annoncée d'armes à plus longue portée, les fameux lance-roquettes MLRS promis par les États-Unis mais aussi par le Royaume-Uni, pourrait bouleverser un peu plus la donne, tout comme le très efficace et indispensable système anti-aérien IRIS-T que l'Allemagne devrait bientôt transférer en Ukraine.

«Si ça arrive vite, nous pouvons les repousser. En fait, nous pouvons gagner», explique l'un des hommes interrogés par Miller. Une course contre le temps est donc engagée mais, d'ici au milieu de l'été, la situation dans l'est de l'Ukraine pourrait lui permettre de passer d'une position strictement défensive à une autre plus revendicatrice.

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