Des membres de l'unité de défense aérienne ukrainienne tirent sur des cibles près de la frontière avec la Russie, dans la région de Kharkiv, en Ukraine, le 11 novembre 2022. | Sofiia Bobok / Anadolu Agency via AFP
Des membres de l'unité de défense aérienne ukrainienne tirent sur des cibles près de la frontière avec la Russie, dans la région de Kharkiv, en Ukraine, le 11 novembre 2022. | Sofiia Bobok / Anadolu Agency via AFP

Un drone kamikaze Shahed-136 de Moscou coûte 20.000 dollars à produire, mais 500.000 à abattre

Désormais peu efficaces, les «mobylettes volantes» pourraient faire mal sur le long terme.

Mercredi 4 janvier, nous nous faisions l'écho des grands progrès réalisés par les défenses anti-aériennes ukrainiennes face aux missiles et, surtout, face aux vagues sans pause de drones kamikazes sous lesquelles le Kremlin, que l'on dit bientôt à cours de projectiles de croisière, tentait de noyer son voisin.

Grâce à ses talents, à son aviation aux aguets, aux armes occidentales qui déferlent sur le pays et à l'usage efficace qui en est fait, l'étroit maillage mis en place par les défenses anti-aériennes ukrainiennes pour contrer la menace russe s'avèrent toutefois plutôt efficaces.

C'est particulièrement le cas en ce qui concerne les Shahed-136, ces sortes de mobylettes volantes produites par l'Iran et commandées en masse par Moscou. Plus de 500 d'entre eux ont été lancés depuis leur arrivée entre les mains du Kremlin –dont 84 en quarante-huit heures, entre le dernier jour de 2022 et début 2023, selon Kiev.

Si la menace reste réelle et permanente, notamment sur les infrastructures énergétiques de l'Ukraine, et si les dégâts psychologiques sur les populations civiles visées sont réels, la situation semble donc s'améliorer. Et ce, plutôt rapidement.

Chère mobylette

Du moins, sur le court terme. Le 3 janvier, un article du New York Times mettait en effet le doigt sur une question qui pourrait s'avérer cruciale avec le temps. Si l'Ukraine réussit désormais à se débarrasser d'une majorité de ces horribles petits kamikazes volants à l'infernal bruit de scooter, l'opération a un coût, pour elle comme pour ses alliés, qui lui fournissent certaines de ses défenses.

Interrogé par le quotidien new-yorkais, Artem Starosiek, consultant pour la firme ukrainienne Molfar, affirme ainsi qu'il peut être jusqu'à sept fois plus cher pour Kiev de descendre un Shahed-136 que pour Moscou de l'acheter. Car le Shahed-136 est une machine plutôt rustique, dont le coût de fabrication est estimé par Molfar à 20.000 dollars pièce –un prix plutôt discount dans le généralement très coûteux domaine de la défense.

Les missiles et munitions qui servent à alimenter certains des systèmes de défense utilisés par Kiev, les efficaces et précieux NASAMS par exemple, coûtent, eux, horriblement cher. «Le coût d'un tir d'un missile sol-air peut aller de 140.000 dollars [133.000 euros, ndlr] pour un S-300 de l'ère soviétique à 500.000 dollars [475.000 euros] pour le projectile américain d'un NASAMS», écrit ainsi le NYT.

Dans le cadre de ses défenses anti-aériennes, certaines armes utilisées par l'Ukraine reviennent toutefois moins cher. C'est le cas par exemple des obus des Gepard 2 fournis par l'Allemagne, une «Flak» qu'un guidage par radar rend très efficace.

Le quotidien américain explique en outre que les forces de Kiev sont devenues plutôt douées pour abattre des Shahed-136 avec des armes conventionnelles depuis le sol, voire avec de simples fusils.

Mais les soldats de Moscou se sont déjà adaptés et procèdent désormais à des attaques nocturnes plutôt que diurnes, rendant ainsi les «mobylettes volantes» plus difficiles à viser par un humain au sol, ou par l'un des pilotes de l'aviation du cru. Elle les fait également voler à plus basse altitude, afin d'être moins détectables par les radars ukrainiens.

Sur le long terme, et comme c'est le cas depuis le début de la guerre – voire depuis le début que la guerre est guerre–, le nerf de cette dernière sera donc industriel et financier: qui, de Moscou ou de Kiev et de ses alliés craquera le premier sur les plans financier, économique et industriel?

On sait que le Kremlin œuvre à d'étroits rapprochements techniques et industriels avec l'Iran, notamment pour tenter de produire sur son propre sol, et à un coût encore moindre, ces fameux Shahed-136. Mais Moscou sait que leur lancement en masse ne détruira désormais sans doute plus grand-chose –hormis les finances de l'Ukraine et des pays qui la soutiennent.

Kiev, précise l'analyste du cercle de réflexion Chatham House Mathieu Boulègue au New York Times, a elle aussi commencé à adapter ses tactiques. Comme l'ont montré de récentes attaques, notamment sur l'aéroport d'Engels-2, elle contre-attaque de plus en plus profondément en territoire russe, notamment dans un but de dissuasion.

Mais comme pour le reste, comme au sol, elle devra aussi continuer à tenir bon –et à tenir ses stocks de coûteuses munitions– pour parvenir à repousser la Russie dans ses cordes. Les sanctions économiques et technologiques prises par l'Occident contre elle et contre Téhéran auront aussi leur rôle à jouer. Le démontage de Shahed-136 a montré que, tous produits en Iran qu'ils soient, ils sont bourrés d'éléments fabriqués à l'Ouest.

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