«Vous voyez cette merveille? Demain, elle ne sera plus là.» | Capture d'écran RALee85 via Twitter
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L'énorme gaffe d'un journaliste russe coûte un rare mortier géant 2S4 Tioulpan au Kremlin

La boulette. La grosse, grosse boulette.

Le reporter de guerre russe Aleksandr Kots, décrit comme «l'un des artisans les plus précieux de la propagande de Poutine» par le site Putin's List, est un homme à la nature exaltée.

C'est ainsi tout fier et tout excité, dans son attirail de militaire russe, Z compris, qu'il a récemment présenté à ses téléspectateurs l'action de l'un des monstres les plus impressionnants des forces de son pays, un mortier géant 2S4 Tioulpan (Tulipe) de 240 mm, le plus gros au monde, sans équivalent à l'ouest.

Comme l'explique Forbes, ce gargantuesque engin de mort, produit à plusieurs centaines d'exemplaires pendant la Guerre froide mais se faisant désormais plutôt rare, est capable de tirer des projectiles de plus de 130 kilos, qui relèvent plus de la bonne grosse bombe lâchée du ciel que de l'obus de mortier classique.

Obus 53-F-864 d'une portée de près de 10 kilomètres voire doublée grâce à une propulsion additionnelle, obus Smel'chak à guidage laser, munitions à sous-munitions, obus incendiaires: cette Tulipe de la mort, d'un poids total de près de 30 tonnes, est un engin terrifiant.

Le 2S4, qui a même été testé avec des projectiles nucléaires dans les années 1970 et peut faire des ravages contre les bâtiments et les positions fortifiées, a notamment été utilisé en Syrie ou en Tchétchénie et, plus récemment, contre les militaire du bataillon Azov et les civils retranchés dans l'usine Azovstal, à Marioupol.

Celui dont Aleksandr Kots a rapporté l'action faisait partie des armes très lourdes embarquées par le Kremlin dans l'intense bataille du Donbass. De très puissants chars Terminator seraient également déployés dans l'est du pays, signe de frustration quant aux performances lamentables des blindés russes jusqu'ici dans la guerre.

Boum, badaboum

Faisait partie. Notez que nous parlons de ce 2S4 Tioulpan au passé. Car Aleksandr Kots comme l'armée russe devraient le savoir: les Ukrainiens aussi ont la télévision, en plus d'être dotés partout dans le pays de très efficaces réseaux d'informateurs.

Grâce aux images tournées par Kots et son équipe, il n'a pas fallu longtemps aux troupes de Kiev pour déterminer l'emplacement exact du 2S4 Tioulpan en question. Situé dans une zone industrielle de Roubijné facilement identifiable, il participait à l'assaut contre Sievierodonetsk et a peut-être été utilisé pour détruire l'un des ponts de la zone, vitaux pour des troupes ukrainiennes proches de l'encerclement.

Quelques heures après la diffusion du reportage de Kots, les Ukrainiens ont donc envoyé un drone sur place pour retrouver la trace du 2S4 qui, en confiance, n'avait bougé que de quelques dizaines de mètres.

Il ne restait plus qu'à le viser puis appuyer sur la gâchette, quelle qu'elle fut (bombardement par le drone ou par l'artillerie): boum, au revoir le Tioulpan, qui a fait ses adieux au monde des très gros canons dans une impressionnante explosion.

Ce n'est pas la première fois que la télévision russe vend ainsi un peu trop facilement la mèche aux armées ukrainiennes. En mars, le navire de débarquement Orsk de classe Alligator était montré, dans un reportage télévisé du journaliste Murad Gazdiev, au mouillage dans le port de la ville occupée de Berdiansk, sur la mer d'Azov.

Moins de vingt-quatre heures plus tard, la marine ukrainienne annonçait avoir coulé le bateau: les images montrées par Gazdiev avaient suffi à localiser l'Orsk avec précision dans le port, à ajuster les tirs, puis à l'envoyer par le fond.

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