Un militaire ukrainien dans les tranchées sur la ligne de front de Bakhmout, le 4 décembre 2022. | Narciso Contreras / Anadolu Agency via AFP
Un militaire ukrainien dans les tranchées sur la ligne de front de Bakhmout, le 4 décembre 2022. | Narciso Contreras / Anadolu Agency via AFP

En Ukraine, le «général Hiver» a changé de camp et trahi la Russie

Les mois froids seront décisifs: pour une fois, le Kremlin semble être le moins bien préparé.

Quiconque connaît un minimum l'histoire sait que l'hiver russe –le «général Hiver», comme il est devenu coutume de l'appeler– s'est le plus souvent rangé du côté du Kremlin. Il est venu à la rescousse de Pierre le Grand lors de la grande guerre du Nord (1700-1721), empêchant Charles XII de prendre Moscou; il a congelé les troupes de Napoléon et contribué à sa débâcle lors de la retraite de Russie (1812); puis il s'est refermée comme un piège sur les nazis lors de la Seconde Guerre mondiale, en 1941.

Mais le général Hiver semble, cette fois, avoir retourné sa veste. «On peut pardonner la venue d'un sourire ironique sur le visage de ceux qui connaissent suffisamment l'histoire pour trouver piquant le fait que le général Hiver semble avoir déserté pour soutenir les pays alliés de l'Ukraine», écrit ainsi David Sheppard dans un édito du Financial Times (FT).

En l'occurrence, le FT s'intéresse à la militarisation de l'hiver, voulue par Vladimir Poutine pour mettre Kiev à genoux tout en ruinant l'Europe, si dépendante de se matières premières. Or, l'Ukraine et sa population tiennent encore, malgré les bombardements massifs et la destruction systématique des infrastructures.

Surtout, comme nous l'expliquions le 11 janvier, à la faveur d'un début d'hiver plutôt clément en Europe, cette stratégie économique a fait long feu, pour ne pas dire qu'elle constitue un bide spectaculaire pour le maître du Kremlin: les prix du pétrole comme du gaz chutent, les revenus baissent, les caisses du pays se vident et la Russie entre dans une récession qui pourrait la ramener trente ans en arrière.

Mais la guerre, c'est aussi et surtout sur le champ de bataille qu'elle se joue, brutale et sans pitié. Et là aussi, à Bakhmout comme à Soledar, à Zaporijjia comme à Kherson, à Donetsk comme à Lougansk, le général Hiver a semble-t-il pris fait et cause pour l'Ukraine, comme le rapporte notamment le Wall Street Journal (WSJ).

Winter soldier

«Quand on a vraiment, vraiment froid, on ne peut plus penser à rien sinon à ce froid», témoigne le général Ben Hodges, commentateur du conflit initié par la Russie chez son voisin et ancien patron des armées américaines en Europe. «Les soldats peuvent perdre pied en quelques jours s'ils ne sont pas dans les bonnes conditions», abonde Ed Arnold, un ex-officier de l'infanterie britannique désormais analyste pour le cercle de réflexion Royal United Services Institute.

Bref, l'hiver slave mord les Ukrainiens comme les Russes. Il ronge dur et change les conditions techniques de l'engagement: le durcissement et le gel profond des sols peut favoriser des attaques plus rapides qu'avec la raspoutitsa («le temps des mauvaises routes»), cette boue gluante de l'automne ou du printemps. En revanche, le froid et l'électrique ne sont pas bons camarades: l'autonomie des batteries, notamment celles des si précieux drones, omniscients et omniprésents sur le front, est en nette en baisse.

Souvenez-vous de vos cours de primaire ou, plus simplement, regardez par la fenêtre, et vous comprendrez également que la disparition du feuillage de la végétation change aussi la donne et peut constituer un danger mortel. Pour y remédier, des solutions simples sont parfois appliquées, comme ce filet anti-drone.

À ce petit jeu –qui n'en est pas un–, les forces ukrainiennes semblent avoir beaucoup d'avance. Certes, tout n'est pas rose pour les soldats, qui doivent parfois acheter leur propre matériel et dont les plaintes quant aux conditions précaires dans lesquelles ils doivent se battre se font parfois entendre. Ils bénéficient néanmoins de provisions faites en amont par le ministère ukrainien de la Défense, mais aussi, et sans doute surtout, de centaines de milliers de parkas, vestes, pantalons ou paires de chaussures envoyés par les alliés de Kiev dès les premiers mois de la guerre.

Le Canada, qui s'y connaît quelque peu en grands frimas, a ainsi envoyé plus de 400.000 pièces d'équipement: gants, bottes, parkas, pantalons, vestes. Washington et les autres alliés de Kiev, notamment européens, ont eux aussi compris qu'une partie de la victoire se jouait dans ces vêtements, transférés en masse ces derniers mois.

«Les soldats ukrainiens portent des uniformes cosmopolites. À la sortie de Bakhmout, un capitaine de l'armée ukrainienne était revêtu d'un T-shirt de l'U.S. Army, d'un pantalon de la marine et d'une veste polonaise», détaillent ainsi Alistair MacDonald et Oksana Pyrozhok dans le Wall Street Journal (WSJ).

Pour se chauffer, les Ukrainiens usent des petits poêles à bois des cahutes qu'ils investissent, et du bois qu'ils coupent en quantité et en permanence. Mais s'ils sont coincés en extérieur, dans les tranchées, leurs meilleures amies sont ce qu'ils appellent des «bougies de tranchées»: de petites boîtes en métal remplies de carton, souvent envoyées par les familles.

Elles permettent de créer un petit îlot de chaleur plus discret qu'un feu classique, dont la fumée ou la signature thermique large pourrait être fatale en cas de détection par un ennemi bien équipé. «On l'allume une ou deux heures avant d'aller au lit, et ça crée plus de chaleur qu'on pourrait le croire», explique un militaire au WSJ.

En face, dans le camp russe, le général Hiver n'a pas été aussi généreux, pas plus que les autorités du Kremlin responsables de l'équipement et de l'armement fourni aux centaines de milliers de mobilisés. Ces derniers sont promptement envoyés au front, sans formation ni matériel, avec des fusils parfois rouillés et des vêtements qui, comme ceux des nazis face aux soldats soviétiques, ne sont pas pensés pour les rudesses de l'hiver.

À ce titre, la vidéo visible ci-dessous d'un soldat russe tremblant –ou crevant, littéralement– de froid dans son trou est terrible à regarder.

Dans les rangs russes, et c'est une constante depuis le début de la guerre lancée par le Kremlin, le moral est donc bas et les soldats mal préparés, ce qui mène parfois à de sales histoires. Il a notamment été indiqué que le ministère russe de la Défense a cherché ces derniers mois, en grande urgence, à se fournir auprès de la Turquie, signe qu'il savait que ce dont il disposait déjà ne suffirait pas.

Sur les réseaux sociaux, la fronde transparaît parfois, les familles des militaires, voire certains soldats eux-mêmes, faisant publiquement état de la légèreté avec laquelle le Kremlin les traite. Ceux qui se plaignent le peuvent toutefois encore: d'après l'Ukraine, la Russie aurait perdu 20.000 hommes en un mois seulement. L'hiver sera rude, très rude pour ceux qui restent.

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