Le camouflage est incertain. | Chester Ho via Unsplash
Le camouflage est incertain. | Chester Ho via Unsplash

Le principal fournisseur d'armes de l'Ukraine est désormais la Russie

L'arroseur arrosé, mais avec des obus.

Grosse, grosse colère de l'ambassadeur russe aux États-Unis le 4 octobre après l'annonce d'un plan américain d'aide militaire à l'Ukraine de 625 millions de dollars. Selon Anatoly Antonov, qui s'exprimait sur sa chaîne Telegram, il s'agissait rien de moins qu'une «menace immédiate à l'intérêt stratégique» de la nation qu'il représente, qui risquait d'«augmenter le risque d'une confrontation militaire directe entre la Russie et les pays occidentaux».

Lance-missiles Himars et projectiles qui vont avec, pièces d'artillerie M777 et munitions de haute précision M982 Excalibur, véhicules blindés légers, armes antiaériennes ou antichars, drones... Il est vrai qu'aux côtés des Caesar français, des M270 et des PzH 2000 allemands, des T-72 tchèques ou des AHS Krab polonais pour ne citer qu'eux, le Pentagone est particulièrement généreux avec l'effort de guerre ukrainien.

L'ambassadeur Anatoly Antonov oublie néanmoins dans son outrage un détail, d'importance: le principal fournisseur d'armes de Kiev n'est nulle autre que la Russie elle-même, au point comme l'explique le Wall Street Journal d'avoir dépassé à elle seule, de la tête et des épaules, l'ensemble des pays occidentaux.

Ce fut déjà le cas lors de la contre-offensive de Kiev au printemps, et rebelote ces dernières semaines dans l'oblast de Kharkiv: en reprenant en un éclair des milliers de kilomètres carrés de territoire et en poussant les armées russes à des déroutes désordonnées, les forces ukrainiennes mettent la main sur des dizaines, des centaines de chars, véhicules blindés et pièces d'artillerie ainsi que des tonnes de munitions –une denrée qui s'était faite rare dans le courant de l'été.

Ainsi que le rapporte le WSJ, le bataillon Carpathian Sich a à lui seul capturé 10 chars modernes de modèle T-80 et 5 pièces d'artillerie autotractée 2S5 Giatsint de 152 mm après être entré dans la ville d'Izioum, reprise en septembre.

«Nous avons tellement de trophées que nous ne savons même pas quoi en faire, explique son chef, Ruslan Andriyko. Nous sommes normalement un bataillon d'infanterie, mais nous sommes en train de nous mécaniser.»

«Les Russes n'ont plus l'avantage de la puissance de feu», raconte un autre gradé, posté sur le front de Kharkiv, et dont les troupes ont également glané quelques-uns des gros canons de Moscou. «Nous avons écrasé leurs unités d'artillerie avant de lancer l'offensive, et nous avons ensuite commencé à avancer si vite qu'ils n'avaient même pas le temps de faire le plein de leurs tanks. Ils ont fui et tout laissé derrière.»

Le phénomène est tel qu'une expression a commencé à fleurir dans les discours et plaisanteries ukrainiens: les armements laissés derrière elles par les troupes de Moscou en fuite sont surnommés «Russian Lend-Lease», référence piquante au «prêt-bail» décidé par l'administration Biden.

D'un camp à l'autre

Les chiffres sont effectivement industriels, comme le note le Wall Street Journal, reprenant les observations du fameux blog Oryx, qui tient le compte des matériels détruits, perdus ou «échangés» par les belligérants.

Au total depuis le début de la guerre, Kiev aurait ainsi mis la main sur 460 chars de combat, 92 pièces d'artillerie automotrice, 448 véhicules de combat d'infanterie, 195 blindés légers et 44 lanceurs de missiles russes: c'est colossal, et c'est sans nul doute l'un des facteurs expliquant le sensible changement de rapport de force opéré ces dernières semaines entre les deux camps.

Nombre de ces véhicules sont de vieux tacots –l'Ukraine ne sait d'ailleurs que faire des antédiluviens T-62 ressortis par Moscou de leur casse rouillée– mais certains sont des prises de choix, comme de très modernes T-90 en parfait état de fonctionnement qui feront le grand délice du renseignement occidental, ravi de pouvoir les décortiquer pour en analyser les secrets.

Beaucoup de ces armes peuvent être réutilisées contre ceux qui les ont apportées sur le champ de bataille. De conception ou de philosophie «soviétique», elles ne nécessitent pas un long apprentissage de la part des militaires ukrainiens, habitués au fonctionnement de ce type de matériel.

Elles peuvent aussi servir à fournir des pièces détachées lorsque celles-ci viennent à manquer, elles se transmettent ou s'échangent d'un front à l'autre, d'une unité à l'autre, d'une manière assez flexible, peu bureaucratique et très efficace. Un troc permanent auquel le New York Times consacrait un passionnant article il y a quelques semaines.

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