Il s'agissait sans doute là de quelque chose d'un peu plus gros qu'une fléchette. | Genya Savilov / AFP
Il s'agissait sans doute là de quelque chose d'un peu plus gros qu'une fléchette. | Genya Savilov / AFP

La Russie fait pleuvoir des milliers de fléchettes mortelles sur les civils ukrainiens

Une arme moyenâgeuse, avec des moyens modernes.

Alors que la communauté internationale a entamé son enquête sur les massacres commis par les armées russes dans le nord de l'Ukraine, en particulier à Boutcha, et que l'usage d'armes chimiques ou bactériologiques contre des cibles civiles ailleurs dans le pays inquiète fortement, en particulier à Marioupol, la mise au jour d'un type d'armement particulièrement vicieux utilisé par les troupes du Kremlin met à nouveau en lumière le (très) peu de cas qu'elles font pour le ciblage de leurs attaques.

Le Washington Post fait ainsi le récit de Svitlana Chmut, une femme de 54 ans, qui a découvert partout dans son jardin, sur le toit de sa maison, sur le toit de sa voiture, des centaines de ces petits projectiles métalliques ressemblant à des clous profilés aérodynamiquement pour voler comme des fléchettes –c'est d'ailleurs précisément le nom, en français, qui a été donné à ces sous-munitions aussi vicieuses que militairement peu efficaces.

Comme le montre l'image ci-dessus, ces fléchettes d'environ 3 centimètres de longueur sont entassées par milliers dans des obus, pouvant notamment être tirés par des tanks ou des pièces d'artillerie. Dans le principe, la chose rappelle les bombes artisanales remplies de clous de certains terroristes, et ce n'est sans doute pas un hasard.

Car lorsque les obus explosent, ils projettent ainsi ces petits poignards volants à haute vélocité sur de larges zones, permettant de toucher, blesser ou tuer un maximum de personnes présentes à proximité – chairs civiles ou chairs militaires, comme dans le plus aveugle des attentats, la chose ne fait bien sûr aucune différence.

Terrorisme d'État

Comme l'explique le Washington Post, l'usage de fléchettes n'a rien de neuf. Le concept était déjà de sortie lors de la Première Guerre mondiale. Les États-Unis en ont ensuite fait un usage abondant lors de la guerre du Vietnam, les fléchettes permettant de s'affranchir des limites d'une végétation dense.

Les armées du monde entier se sont ensuite penchées sur d'autres types de sous-munitions, notamment incendiaires, laissant peu à peu de côté ces petites fléchettes très peu coûteuses à fabriquer, mais considérées comme moins efficaces.

Avec une exception notable cependant: Israël a continué d'utiliser des obus à fléchettes (de construction américaine) dans la bande de Gaza jusqu'en 2010, décidant d'arrêter après qu'un journaliste de Reuters et huit autres civils ont été tués par un projectile tiré par un tank en 2008.

Les fléchettes ne sont pas bannies par les conventions internationales sur les armes mais, comme l'écrit Amnesty International, elles «ne devraient jamais être utilisées dans des zones densément peuplées».

Se servir de ces sous-munitions particulièrement vicieuses dans des villes et villages ukrainiens résistants, où militaires et populations civiles se mélangent par la force des choses, est l'assurance que ces dernières puissent également être touchées.

Bref: c'est un crime de plus, un crime à ajouter aux autres, comme l'utilisation probable et indiscriminée de phosphore blanc, de thermite ou d'armes thermobariques.

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