L'ancienne directrice de la métallurgie, Elaine Thomas a été mise en examen pour fraude majeure contre les États-Unis| Jermaine M. Ralliford / Navy Office of Information / AFP

L'acier en toc des sous-marins de l'US Navy

Victime d'une fraude de trente ans, la marine américaine s'est fait fourguer un matériau bas de gamme par l'un de ses fournisseurs.

Il y a trois ans, la directrice de la métallurgie de Bradken, un fournisseur d'acier de l'US Navy, était sur le point de partir à la retraite. Alors que son successeur s'apprêtait à prendre ses fonctions, il a commencé à remarquer des anomalies dans des résultats de laboratoire qu'elle laissait derrière elle.

Les tests de résistance semblaient avoir été falsifiés. Ils indiquaient que l'acier correspondait aux exigences de l'US Navy, alors que ce n'était pas le cas. En 2017, Bradken a donc signalé le problème à la marine américaine, mais en affirmant qu'il ne s'agissait pas d'une fraude.

Cet acier de piètre qualité a exposé les équipages à un risque accru de catastrophe en cas de collision ou d'autres types de choc, même si aucun incident n'a heureusement été déploré. «Bradken a mis les marins de l'US Navy et ses opérations en danger», accuse le procureur fédéral Brian Moran.

Les sous-marins concernés sont toujours utilisés, mais la marine américaine a dû prendre des mesures de sécurité et de maintenance supplémentaires, qui représentent un coût non négligeable.

Les tests de 240 productions d'acier falsifiés

«L'entreprise fournit des pièces moulées en acier à haute résistance que les sous-traitants de la Marine Electric Boat et Newport News Shipbuilding utilisent pour la construction de coques de sous-marins», explique Asia Times.

Entre 1985 et 2017, pas moins de 240 productions d'acier de Bradken ont vu leurs tests de résistance falsifiés, notamment ceux réalisés à -100 degrés Fahreneit [-73,33 degrés Celsius]. Soit la moitié de ce qui a été livré à l'US Navy pour la production de sous-marins.

Dans le cadre d'un accord de poursuites différées, Bradken a accepté de verser 10,9 millions de dollars [9,7 millions d'euros] à la marine. L'ancienne directrice de la métallurgie, Elaine Thomas a été mise en examen pour «fraude majeure contre les États-Unis».

«Ça craint», a-t-elle reconnu lors de son interrogatoire, au cours duquel elle a été confrontée à des falsifications remontant jusqu'en 1990. Elle a toutefois maintenu que les tests de résistance conduits à -100 degrés Fahreneit représentaient à ses yeux «une exigence stupide».